L'opposition s'en prend à Harper

armes à feu

La tuerie à Virginia Tech, lundi, a permis de relancer le débat sur le contrôle des armes à feu, aussi bien aux États-Unis qu'au Canada.

Les partis d'opposition à Ottawa critiquent la décision du gouvernement conservateur de ne pas imposer de sanction aux gens qui n'enregistrent pas leurs armes à feu. Aux États-Unis, des voix s'élèvent pour ouvrir un débat sur la culture des armes.

Ainsi, mardi, les partis d'opposition ont vertement dénoncé, à Ottawa, la plus récente mesure adoptée par le gouvernement fédéral afin de diminuer la portée du registre canadien des armes à feu. En effet, Ottawa a décidé de ne pas imposer de sanction aux détenteurs d'armes à feu qui ne les enregistrent pas. La mesure est entrée en vigueur, sans faire de bruit, durant le congé pascal de la Chambre des communes; elle prolonge une amnistie similaire accordée en 2006. Cette mesure rend en quelque sorte le registre caduc.

Le député Joe Comartin, du Nouveau Parti démocratique, a accusé le gouvernement de vouloir tuer le registre par décret parce qu'il ne dispose pas du soutien politique nécessaire pour l'éliminer au Parlement. « Ils tentent de faire à la dérobée ce qu'ils ne peuvent pas faire démocratiquement », a-t-il dit.

Rappelons que les conservateurs avaient signifié leur intention d'éliminer le registre des armes à feu. Toutefois, le projet de loi dort toujours sur les tablettes.

Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois Gilles Duceppe aux Communes, jeudi

Le chef du Parti libéral du Canada (PLC), Stéphane Dion, a quant à lui indiqué qu'il croyait toujours en la nécessité de maintenir le registre des armes à feu. M. Dion a notamment rappelé que les experts pensaient de même et que la plupart des corps policiers le réclamaient.

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, s'en est aussi pris au gouvernement Harper. « C'est de l'hypocrisie de le [le registre] laisser mourir sans prendre de décision, sans dire "On va l'abolir", parce qu'ils ont peur de la réaction en l'abolissant. »

Voix discordantes aux États-Unis

Deux jeunes Américains lors d'une réunion de la National Riffle Association. deux jeunes Américains lors d'une réunion de la National Riffle Association.   © AFP/Scott Olson/Getty Images/AFP

Aux États-Unis, malgré la tragédie de lundi, plusieurs estiment que le droit de posséder une arme ne saurait être remis en question. Des voix commencent cependant à s'élever pour réclamer un débat sur la culture des armes aux États-Unis.

En effet, comme le fait remarquer le New York Times dans ses pages éditoriales, mardi, « certains dangers les plus graves auxquels les Américains sont confrontés viennent de tueurs qui possèdent des armes chez eux et qui sont terriblement faciles à obtenir ».

Chaque année, plus de 30 000 personnes meurent, partout aux États-Unis, de blessures causées par l'une ou l'autre des quelque 200 millions d'armes à feu en circulation dans le pays le plus lourdement armé du monde.

Depuis des années, toutes les tentatives pour raffermir le contrôle sur les armes se butent au puissant lobby des armes, la National Riffle Association (NRA). Selon la NRA et une majorité d'Américains, le droit de posséder une arme est garanti par la Constitution américaine.

IIe amendementLe IIe amendement de la Constitution américaine, adopté en 1791, stipule qu' « une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ».

L'association a publié un communiqué, mardi, indiquant qu'elle ne commenterait pas la fusillade tant que tous les faits ne seront pas connnus. Elle a exprimé ses profondes condoléances aux familles éprouvées.

De leur côté, les promoteurs du resserrement du contrôle sur les armes avancent, quant à eux, que le passage de la Constitution qui autorise les citoyens américains à porter des armes n'est plus d'actualité, les États-Unis n'étant plus menacés d'une guerre civile ou d'une réoccupation par l'Empire britannique.

George W. Bush George W. Bush

En 1994, pour limiter l'accès aux armes à feu, le président Bill Clinton signait la loi Brady. D'une durée de 10 ans, la loi prévoyait une période de cinq jours avant tout achat d'armes à feu afin que les autorités puissent vérifier les antécédents judiciaires de l'acheteur.

Toutefois, en 2004, le président George W. Bush, dont la campagne a été en partie financée par la NRA, a refusé de prolonger la loi. Le Congrès américain n'a pas non plus renouvelé l'interdiction de certaines armes semi-automatiques équipées de chargeurs détachables de plus de 10 cartouches.