Nelly Olin
©
AFP/SIMON MAINA
Le Canada a encore une fois essuyé les critiques à la conférence des Nations unies sur les changements climatiques, qui se déroule jusqu'à vendredi à Nairobi, au Kenya.
La ministre française de l'Environnement dénonce la position du gouvernement Harper à l'égard du protocole de Kyoto et salue la stratégie québécoise pour lutter contre les changements climatiques.
Les reproches sont venus, jeudi, de la France. La ministre de l'Environnement et du Développement durable, Nelly Olin, s'est indignée du fait que le Canada ait renoncé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, tel que prévu dans le protocole de Kyoto.
« Je suis très déçue du repli canadien et j'espère qu'il ne sera que temporaire. C'est choquant pour nous, pour tous ceux qui appuient Kyoto. Et par-dessus tout, c'est choquant, je pense, pour les Canadiens qui, selon moi, appuient en général Kyoto » a-t-elle dit.
Elle s'est dite d'autant plus déçue que le Canada semblait, selon elle, sur le point d'instaurer une politique environnementale efficace. « Je suis très déçue, parce que nous avons travaillé pendant des années avec, entre autres, [l'ancien ministre de l'Environnement] Stéphane Dion sur une politique qui semblait cohérente », a-t-elle ajouté.
Dans le même souffle, la ministre a salué le courage du gouvernement québécois pour sa politique environnementale, qu'elle a qualifié d'extrêmement forte.
Ingérence, selon Ambrose
La ministre de l'Environnement du Canada, Rona Ambrose, a répliqué à la ministre française en soulignant qu'elle s'ingérait dans la politique intérieure canadienne. Mme Ambrose a réitéré l'engagement du gouvernement Harper envers le protocole de Kyoto, mais que les objectifs étaient inatteignables en raison de l'inaction du gouvernement libéral.
En adhérant au protocole de Kyoto, le Canada s'était engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 6 % par rapport aux niveaux de 1990. Cependant, les émissions de gaz à effet de serre ont en fait augmenté de 27 % au pays depuis 1990.
Le Canada est d'ailleurs le seul pays signataire du traité à avoir revu à la baisse ses objectifs pour lutter contre le réchauffement de la planète.
Mercredi, le président français Jacques Chirac n'avait pas non plus épargné le Canada. Il avait déclaré que l'objectif de Kyoto est compromis « par ceux qui l'ont ratifié et qui reviennent maintenant sur leur engagement ou qui n'en respectent pas les dispositions. »
Jean Charest préoccupé
Le premier ministre du Québec, Jean Charest, a dit jeudi être inquiet au sujet de l'avenir de la planète. Au lendemain de l'allocution de Rona Ambrose à la conférence de Nairobi, M. Charest a dit s'inquiéter aussi de la manière dont se déroule le débat sur la lutte contre les changements climatiques au Canada.
Il en a profité pour réitérer son appui au protocole de Kyoto et rappeler l'importance d'agir. « Le Canada a 10 % de la forêt mondiale, c'est une ressource mais aussi et d'abord une responsabilité », a-t-il déclaré.
Benoît Pelletier réplique à Ambrose
Jeudi, le ministre des Affaires intergouvernementales du Québec, Benoît Pelletier, a lui aussi critiqué le discours de la veille de Rona Ambrose, qui n'a pas fait mention de la stratégie du Québec en matière de lutte au réchauffement de la planète. Selon M. Pelletier, le gouvernement fédéral se doit d'exprimer la position du Québec, même si elle diffère de la sienne.
S'il ne le fait pas, le Canada nuit à sa réputation internationale, soutient le ministre. Il ajoute que l'argument d'Ottawa voulant que le pays parle d'une seule voix sur la scène internationale ne tient pas. « Le gouvernement du Canada ne peut pas prétendre avoir une exclusivité en matière d'affaires étrangères ou de relations internationales. Il doit, à tout le moins, lorsqu'il s'exprime au nom du pays, tenir compte des intérêts divergents qui se manifestent au sein de ce même pays » a-t-il dit.