Washington est rassuré

Pour l'instant, la peur que les Américains ne ferment la frontière s'est estompée. Depuis l'arrivée au pouvoir de Stephen Harper et l'opération spectaculaire de juin dernier à Toronto, Washington est rassuré.

Henry Crumpton, ambassadeur des États-Unis chargé du contre-terrorisme

Un an après son rapport dévastateur sur la sécurité au Canada, l'ambassadeur itinérant des États-Unis chargé du contre-terrorisme, Henry Crumpton, a changé de ton: « On voit les progrès réalisés depuis six mois, un an: l'augmentation des dépenses militaires canadiennes, l'engagement des troupes en Afghanistan, une promesse de plus de 1 milliard de dollars canadiens d'ici 2011, les soldats qui sont déployés, la reprise de la coopération entre forces policières, l'arrestation de 17 suspects, et j'en passe. Donc, même si le rapport contenait des commentaires constructifs que certains ont vus comme des critiques, je suis très encouragé par ce qui a été fait jusqu'à présent. »

Si l'efficacité des services de sécurité canadiens a réussi à convaincre les Américains, elle est loin de rassurer la communauté musulmane. Cinq ans après le 11 septembre 2001, les musulmans estiment qu'ils ont été victimes de notre paranoïa, et leurs griefs ne sont pas imaginaires.

Depuis septembre 2001 un ensemble de mesures législatives et administratives a été adopté au nom de la nécessité de nous protéger, des mesures qui pour la plupart contreviennent à nos valeurs démocratiques.

François Crépeau, professeur de droit à l'Université de Montréal: « La détention administrative d'une personne pendant cinq ans, sans qu'elle ne sache jamais de quoi elle est accusée, c'est tout à fait inadmissible. C'est inimaginable. C'était inimaginable, en fait, avant le 11 septembre et là, tout d'un coup, ça existe. [...] On peut arrêter maintenant sans mandat si on a une suspicion raisonnable, alors qu'avant il fallait croire raisonnablement. Ce n'est pas la même chose, on a descendu d'un cran le niveau de preuve. »

Giuliano Zaccardelli, commissaire de la GRC: « Il y a des gens qui disent que la loi est allée trop loin, qu'on a trop de pouvoirs. Il y a ceux qui disent qu'on n'a pas suffisamment de pouvoirs. Où est l'équilibre? Ce n'est pas à moi de le dire. Ça prend une discussion canadienne. Il faut examiner les faits. »

Ce qu'on peut dire en tout cas c'est que si les auteurs des attentats du 11 septembre 2001 avaient pour objectif de diviser l'Occident et l'Islam, ils ont peut-être réussi. Au Canada, la méfiance qui s'est installée au sein de la communauté musulmane sera difficile à effacer.

« C'est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances, et c'est notre regard qui peut aussi les libérer. (extrait du livre Les identités meurtrières, d'Amin Maalouf) » —