La défense dénonce le procureur

Omar Khadr Omar Khadr

Le Canadien Omar Khadr a comparu pour la deuxième journée consécutive, jeudi, devant le tribunal militaire d'exception, à la base militaire de Guantanamo, à Cuba.

Les avocats du jeune canadien Omar Khadr attaquent le procureur en chef pour des propos à la presse qu'ils jugent préjudiciables à leur client.

Ses avocats ont dénoncé des propos à la presse du procureur en chef, qu'ils jugent préjudiciables pour leur client.

Le président de l'audience a demandé une interruption de séance pour visionner une vidéo de la conférence de presse tenue mardi par le procureur en chef.

Lors d'un point de presse mardi, le procureur en chef Morris Davis a jugé « écoeurants » certains portraits favorables au jeune Canadien, diffusés dans les médias.

Le procureur a affirmé qu'Omar Khadr est loin d'être un enfant de choeur, victime des circonstances. Selon lui, le Canadien était un tueur au sang-froid formé aux méthodes d'Al-Qaïda.

« Vous verrez, lors du procès, le visage souriant d'Omar Khadr, lorsqu'il fabriquait des bombes pour tuer des Américains », a-t-il déclaré aux journalistes.

À la suite du visionnement, le président du tribunal a toutefois rejeté la plainte des avocats de Khadr. Il a déclaré que la poursuite comme la défense avaient fait des déclarations pouvant nuire à l'autre partie, lors de la conférence de presse de mardi.

Khadr veut changer d'avocats

La veille, Omar Khadr a comparu pour la première fois.

Il s'est présenté à la commission militaire accompagné de ses deux avocats, un militaire et un civil, mais il n'a pas eu le temps d'inscrire un plaidoyer.

Il a pu, tout de même, réclamer d'être représenté par un avocat canadien, mais la procédure risque d'être longue. Il a également demandé le remplacement de son avocat militaire par un autre, plus expérimenté. Les avocats d'Omar Khadr ont été désignés d'office.

C'est maintenant au président de la commission militaire de décider si l'accusé pourra avoir un autre avocat.

Cette commission militaire est composée de 12 officiers.

Les accusations contre Khadr

Le jeune homme, âgé aujourd'hui de 19 ans, est accusé d'avoir tué un médecin militaire américain lors d'une bataille en Afghanistan, en juillet 2002, quand il avait 15 ans.

La justice américaine l'accuse également d'avoir suivi un entraînement dans un camp d'Al-Qaïda à Kaboul.

Omar Khadr est détenu depuis 39 mois à Guantanamo où, selon ses avocats américains, il aurait été victime de torture.

Ses avocats déplorent aussi le fait que la justice américaine poursuive pour la première fois un mineur pour crime de guerre.

Omar Khadr est l'un des neuf prisonniers de Guantanamo à avoir été accusé formellement. Près de 500 personnes sont emprisonnées sur la base américaine de Cuba.

S'il est reconnu coupable, Omar Khadr risque la prison à vie. Les autorités américaines auraient pu requérir la peine de mort, mais s'en seraient abstenues parce que Khadr était mineur au moment des faits.

Par ailleurs, la Cour suprême des États-Unis se penchera au cours des prochains mois sur la légalité des commissions militaires créés par l'administration Bush pour juger des détenus dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Une « famille Al-Qaïda »

La comparution d'Omar Khadr n'est que le dernier chapitre de l'histoire d'une famille soupçonnée d'être proche d'Oussama ben Laden.

Mardi, les procédures en prévision de l'extradition d'Abdullah Khadr, l'aîné de la famille, ont été reportées au 2 février.

Abdullah Khadr Abdullah Khadr (archives)

Le jeune homme de 24 ans est accusé de complot pour le meurtre d'Américains à l'étranger. Il fait l'objet d'un mandat d'arrêt aux États-Unis depuis le 17 décembre dernier.

Les autorités américaines le considèrent comme un terroriste lié au réseau d'Oussama ben Laden et veulent le traduire en justice. Il pourrait donc faire l'objet d'une mesure d'extradition vers les États-Unis, où il serait passible d'un minimum de 30 ans de prison.

Les Américains disposent de 60 jours, à compter de l'arrestation, pour déposer une requête en extradition.

Selon les autorités américaines, Abdullah Khadr aurait acheté, à l'intention d'Al-Qaïda, des armes qui devaient servir contre les forces américaines stationnées en Afghanistan. Khadr aurait acheté pour environ 20 000 $ d'armes telles que des AK-47, des mortiers et des grenades.

Abdullah Khadr n'est de retour au Canada que depuis quelques semaines seulement. Il a passé plus d'un an dans une prison pakistanaise pour appartenance présumée à un réseau terroriste.

Dans une déclaration dévoilée lundi, la GRC avance que c'est à l'occasion de cet emprisonnement qu'il aurait fait ces révélations. Il aurait également reconnu avoir été impliqué dans un complot visant à tuer le premier ministre du Pakistan.

Abdullah Khadr nie formellement ces accusations.

Le père, Ahmed Said Khadr, considéré comme l'un des dirigeants d'Al-Qaïda, a été tué en octobre 2003 en Afghanistan, lors d'un assaut donné par l'armée pakistanaise contre des combattants du réseau terroriste.

La soeur d'Abdullah et d'Omar Khadr, Zaynab, est aussi soupçonnée par les autorités canadiennes d'avoir commis des actes terroristes. Zaynab Khadr aurait épousé un islamiste membre d'Al-Qaïda et aurait invité Oussama ben Laden à son mariage.