Fausses notes dans un concert d'élogesMise à jour le lundi 4 avril 2005 à 10 h 13 . Certains catholiques d'Europe et d'Amérique latine ont rompu le concert d'éloges adressés à Jean-Paul II, dimanche. Ils ont dénoncé la rigidité de ses prises de position sur la sexualité, son refus d'admettre la dissidence et sa condamnation de la « théologie de la libération ». Le défunt pape n'a jamais cessé d'interdire la contraception, y compris les condoms, alors que le sida se répand en Afrique et ailleurs dans le monde. Il a aussi toujours condamné le divorce et les relations sexuelles avant le mariage, même si beaucoup de catholiques ne s'y objectent pas. Il s'est opposé à la prêtrise pour les femmes et au mariage chez les homosexuels. La question des femmes et des homosexuels Selon le théologien Hans Kueng, Jean-Paul II laisse l'Église dans « une crise de confiance et d'espérance ».
 . | | Jean-Paul II a refusé l'ordination des femmes . | Le célèbre théologien suisse estime que, si le pape a prêché les droits de l'homme à l'étranger, il les a niés à l'intérieur même de son Église, que ce soit aux évêques, aux théologiens et surtout aux femmes.Pour Joanna Manning, cofondatrice d'un groupe américain Catholic Organizations for Renewal, le défunt pape a rétabli la conception d'une femme soumise, inspirée par la figure de la Vierge Marie. Christian Terras, directeur de la revue critique française Golias, ajoute que l'ancien pape « ne comprenait pas les difficultés des femmes dans le monde moderne ». De son côté, le mouvement catholique Nous sommes l'Église a déclaré que le pape « est resté en profond décalage du point de vue de l'évolution des moeurs ou des conceptions philosophiques et scientifiques ». De son point de vue, Jean-Paul II a sacrifié l'individu pour les principes, notamment sur les questions du mariage des prêtres, de la contraception et de l'ordination des femmes. Le mouvement Nous sommes l'Église a aussi dénoncé son engagement social. « De nombreux prophètes d'aujourd'hui, en pastorale ou en théologie, proches des peuples, auront été muselés, destitués, interdits, tandis qu'une multitude de saints d'hier leur ont été substitués, comme modèles à suivre ». Il lui reproche même d'avoir « soutenu, même donné sa bénédiction, à des dictateurs ». Le mouvement catholique homosexuel américain Rainbow Sash Movement déplore pour sa part le fait que Jean-Paul II « ne leur ait pas tendu la main ». Il espère que son successeur fera cette « démarche pastorale ». L'Amérique latine critique ses orientations politico-sociales
 . | | Près de la moitié des catholiques du monde entier vivent en Amérique latine . | En Amérique Latine, les critiques portent sur les orientations politico-sociales du pape.L'hebdomadaire colombien Espectador dénonce l'expansion d'institutions très conservatrices comme l'Opus Dei et Communion et Libération. Prix Nobel de la paix 1980, l'écrivain argentin Adolfo Pérez Esquivel, a reproché au défunt pape d'avoir « cherché à établir une Église pyramidale, ce qui fut illustré par son hostilité à la théologie de la libération ». Jean-Paul II a tenté de bloquer le mouvement ecclésiastique surgi de Medellin, de Puebla et du concile Vatican II, a ajouté ce membre du mouvement progressiste Service, Paix et Justice. Mgr Pedro Casaldaliga, l'un des chefs de file de la théologie de la libération au Brésil, a déclaré quant à lui que Jean-Paul II pouvait « être un peu dur avec ses serviteurs progressistes, qui ouvraient de nouveaux chemins ». Pour le Brésilien Leonardo Boff, autre héraut de cette théologie, les origines polonaises de Jean-Paul II l'ont empêché de voir que l'ennemi, en Amérique latine, n'était ni le communisme ni le nazisme mais « les élites dépourvues de sensibilité sociale ». La théologie de la libération est un corpus de textes rédigés à partir des années 1970 par des théologiens progressistes, principalement issus de l'Amérique latine, comme Leonardo Boff. Expression d'un vaste mouvement social, ces textes interprètent les écrits bibliques dans une perspective inspirée du marxisme.
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