Centrafrique, le conflit oublié malgré l'appel de l'ONU

Le reportage de Sophie Langlois

Au chapitre des tragédies oubliées par la communauté internationale, il faut compter celle qui se déroule en ce moment en Centrafrique.

Victime d'un énième coup d'État, la population subit des régimes putschistes qui ne profitent qu'à un très petit nombre.

À Bangui, la capitale, les violences se poursuivent et forcent les habitants à fuir vers la République démocratique du Congo (RDC) de l'autre côté de l'Oubangui, la rivière qui sépare les deux pays.

Les rares ONG encore sur place lancent un cri d'alarme. L'ONU a lancé en février un appel d'urgence, avec l'objectif d'amasser 129 millions de dollars. Or, seulement 18 millions ont été recueillis.

Des réfugiés centrafricains au Cameroun Des réfugiés centrafricains au Cameroun  Photo :  AFP/Reinnier KAZE

Les rebelles ont pris le pouvoir il y a six semaines, le 24 mars, en disant qu'ils rétabliraient la sécurité dans le pays. Or, selon le Réseau des journalistes pour les droits de l'homme en République centrafricaine (RCA) « les actes de pillages, d'assassinats, d'enlèvements et d'autres exactions deviennent récurrents ».

Souleymane Diabaté, représentant de l'UNICEF en Centrafrique, a vécu plusieurs crises au Tchad, au Burundi et en Côte d'Ivoire, mais c'est la première fois qu'il voit autant de violence contre les enfants. « Ce qui me fait mal, c'est l'utilisation qu'on fait des enfants en période de guerre. On en fait des bêtes de guerre. Il y a 67 enfants de moins de cinq ans qui meurent chaque jour en République centrafricaine », dit-il.

Les rebelles de la Séléka ont renversé le président François Bozizé mais leur chef, le président autoproclamé Michel Djotodia, ne contrôle apparemment pas toutes les factions de la Séléka, qui compte dans ses rangs des Tchadiens et des Soudanais ainsi que des islamistes radicaux.

« Ils s'attaquent régulièrement aux églises catholiques, aux médias, ils pillent, ils violent et les femmes violées vont accoucher où? Y'a pu d'hôpitaux, y'a pu d'écoles, y'a pu rien, ils ont même jeté les archives du pays au vent », affirme l'écrivain centrafricain Pierre Makombo Bamboté.

La République centrafricaine La République centrafricaine  Photo :  Google Maps

Ancien porte-parole du gouvernement de la Centrafrique et ex-ambassadeur de son pays à l'UNESCO, Pierre Makombo Bamboté estime que la crise est provoquée par ceux qui convoitent les richesses du pays, à commencer par le Tchad. « François Bozizé a pris le pouvoir avec l'aide du Tchad, quand il a essayé de prendre ses distances, le Tchad l'a lâché », dit le poète.

Devant le peu de réponse à l'appel aux dons de l'ONU pour régler la crise centrafricaine, le poète tente une explication. « C'est pas de l'indifférence, les gens sont fatigués de courir aider les Africains, qui apparemment ne s'aident pas eux-mêmes. La communauté internationale a d'autres problèmes, elle est plus malheureuse que les Africains, la communauté internationale. »

L'aide du Canada

Depuis 2007, l'Agence canadienne de développement international (ACDI) a fourni 17 millions de dollars en aide humanitaire pour répondre aux besoins des personnes touchées par la violence et l'insécurité en République centrafricaine.

En 2012, l'ACDI a versé 1 million de dollars à Médecins sans frontières et 2 millions au Programme alimentaire mondial de l'ONU pour les urgences en RCA.

La République centrafricaine est un pays deux fois grand comme la France, enclavé entre le géant congolais, le Soudan, le Tchad et le Cameroun, où vivent 4,6 millions de personnes. Le pays est riche en or, diamants, uranium et pétrole.

Avec les informations de Sophie Langlois

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