Impasse politique en Italie

Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Le compte rendu d'Alexandra Szacka

L'Italie s'est réveillée avec un gouvernement des plus divisés, ce qui pourrait engendrer l'instabilité politique de la troisième économie de la zone euro.

Le succès électoral du Mouvement cinq étoiles de l'ancien humoriste Beppe Grillo, qui a récolté 25 % des suffrages tant à la Chambre des députés qu'au Sénat, a permis à la coalition de la droite de Sivlio Berlusconi de franchir le fil d'arrivée pratiquement à égalité avec la coalition de gauche (29,54 % contre 29,18 %). La courte victoire de la coalition de gauche du chef du Parti démocrate, Pier Luigi Bersani, ne constitue pas un problème à la Chambre des députés, où la loi électorale permet à la coalition victorieuse de remporter 340 des 630 sièges, même avec ce faible écart.

Cette courte victoire prive toutefois M. Bersani d'une majorité au Sénat. Il ne détient que 113 sièges de sénateurs, alors qu'il en faut 158 pour s'assurer de la majorité dans un Sénat composé de 315 sénateurs. Le système électoral italien attribue une prime à la majorité sur une base régionale au Sénat, de sorte que la chambre haute demeure divisée même après le calcul de ces primes.

Le régime parlementaire italien comporte un Parlement à deux chambres qui ont les mêmes pouvoirs. Une division entre les deux chambres provoque ainsi la paralysie du Parlement et risque d'entraîner des élections anticipées pour mettre un terme à l'instabilité politique.

L'absence de majorité au Sénat alimente les craintes des marchés financiers. L'instabilité politique nuirait à l'économie fragile de l'Italie, qui est la troisième économie de la zone euro, derrière l'Allemagne et la France. Aux prises avec une dette qui représente plus de 120 % de son produit intérieur brut (PIB), l'économie italienne est en récession (-2,2 % en 2012).

Quelle alternative?

Afin de sortir le pays de l'impasse politique, les partis devront tenter de former une coalition large incluant des partis de gauche à droite. Le spectre pourrait être aussi large que du Parti démocrate de M. Bersani au PDL de Berlusconi, à droite.

Dans l'éventualité de l'échec des jeux d'alliances, le président Giorgio Napolitano pourrait, en dernier recours, former un nouveau gouvernement technique, le temps de réformer le système électoral unanimement critiqué et montré du doigt comme grand facteur de l'ingouvernabilité actuelle. Le gouvernement de M. Monti était d'ailleurs un gouvernement technique mis sur pied pour pallier la démission de Silvio Berlusconi en novembre 2011.

Un vote contestataire

Les médias italiens et européens parlent d'un vote contestataire contre la politique d'austérité imposée par le gouvernement de Mario Monti. M. Grillo a également profité du rejet de la classe politique en place et de la méfiance envers l'Europe. L'ascension du Mouvement cinq étoiles témoigne du malaise social d'une société en pleine récession économique.

L'humoriste devenu politicien Beppe Grillo à Bergame, en Italie

M. Grillo a séduit l'électorat avec son programme jugé « populiste » par ses adversaires. Le Mouvement cinq étoiles propose la fin du financement public des partis politiques, la réduction du nombre d'élus, un revenu minimum de 1000 euros et un référendum sur l'euro.

Le journal italien La Stampa évoque « un Parlement bloqué ». « L'Italie réelle a exprimé tout son malaise », écrit son directeur, Mauro Calabresi. « Avec ce vote, on entend les voix et histoires de ceux qui ne trouvent pas de travail, ne bouclent pas les fins de mois avec leur retraite, pensent ne pas avoir d'avenir et s'enfuient à l'étranger, et de ceux qui ont vu les nouveaux impôts comme une insupportable vexation », poursuit-il.

De son côté, la Repubblica estime que « ce sont les populismes qui ont prévalu : les forces qui ont misé sur la rage sociale qui s'est défoulée sur l'Europe et les impôts, la demande de rupture institutionnelle qui s'en est prise à la vieille ''classe politique'' ou la nouvelle élite technocratique ».

Favori de l'Europe, Mario Monti n'a quant à lui recueilli que 10 % des suffrages, terminant au 4e rang. Il a souffert des politiques d'austérité imposées au cours des 15 derniers mois afin de restaurer la crédibilité internationale de l'économie italienne.

Le retour de Berlusconi

Le chef de la droite italienne Sylvio Berlusconi

Parti dans l'opprobre en novembre 2011, l'ancien chef de l'État italien Sivlio Berlusconi, âgé de 76 ans, a effectué une remontée spectaculaire en promettant d'abaisser les impôts et de rembourser une taxe foncière rétablie par le gouvernement de Mario Monti.

Condamné à quatre ans de prison pour fraude fiscale en octobre 2012, Berlusconi avait affirmé, à l'époque, qu'il ne serait pas candidat aux prochaines élections. Sa condamnation lui interdit d'ailleurs de briguer des fonctions publiques pour une période de cinq ans, mais l'application de la peine est suspendue jusqu'à ce que les processus d'appels soient terminés. De plus, M. Berlusconi ne purgerait qu'un an de prison de sa peine en raison d'une amnistie.

M. Berlusconi avait annoncé son retour en politique en décembre dernier.

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