Haïti : Jean-Claude Duvalier défie la Cour d'appel

Radio-Canada avec Agence France-Presse
Jean-Claude Duvalier et sa femme Véronique lors de leur arrivée au palais de justice de Port-au-Prince, mercredi. Jean-Claude Duvalier et sa femme Véronique lors de leur arrivée au palais de justice de Port-au-Prince, mercredi.  Photo :  AFP/THONY BELIZAIRE

Attendu en cour d'appel jeudi, l'ancien dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier a décidé de ne pas se présenter devant le tribunal. L'ancien dictateur estime qu'une décision antérieure disqualifie la Cour d'appel dans ce dossier.

Le juge Jean-Joseph Lebrun a ordonné que M. Duvalier soit « amené » devant la cour pour y être entendu, affirmant que sa « comparution [...] s'avère impérative ».

Jean-Claude Duvalier est accusé d'avoir ordonné des arrestations arbitraires et d'avoir fait torturer des opposants politiques. « Il n'y pas 1 % de chance qu'il vienne ici parce que c'est une affaire déjà entendue. Maintenant nous attendons la Cour de cassation », a déclaré l'un des avocats de Jean-Claude Duvalier, Reynold Georges. Ce dernier était présent en cour pour régler d'autres dossiers, selon ses dires.

Un tribunal d'appel haïtien devait se prononcer sur la nature des accusations qui seront retenues contre Jean-Claude Duvalier. L'ex-dictateur haïtien, surnommé « Bébé Doc », est l'objet de plusieurs plaintes de la part d'anciens opposants à son régime.

Fils du dictateur François Duvalier, Jean-Claude Duvalier a été arrêté par la justice haïtienne à l'hiver 2011 après son retour inattendu dans son pays qui a mis fin à un exil de 25 années en France.

En janvier 2012, un juge d'instruction avait ordonné qu'il soit jugé devant un tribunal correctionnel pour détournement de fonds. Le magistrat n'avait cependant pas retenu les plaintes portées contre lui pour crimes contre l'humanité, estimant que les faits reprochés à Jean-Claude Duvalier étaient prescrits. Cette décision a provoqué l'indignation des victimes du régime Duvalier et des mouvements de défense des droits de la personne, qui ont porté la décision en appel.

Le clan Duvalier s'appuie sur la décision du tribunal de première instance pour prétendre que la Cour d'appel a ainsi été dessaisie de l'affaire.

L'ONU se fait entendre

La haute-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Navi Pillay (archives) La haute-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Navi Pillay (archives)  Photo :  Salvatore Di Nolfi

Cette affaire a eu des échos jusqu'aux plus hautes instances internationales. Jeudi, la haute-commissaire de l'ONU chargée des droits de l'homme, Navi Pillay, a demandé justice pour les abus commis dans le passé en Haïti.

Dans un communiqué publié jeudi à Genève, Mme Pillay a rappelé aux autorités haïtiennes « que l'État a pour obligation de garantir qu'il n'y ait pas d'impunité pour les violations graves des droits de l'homme commises dans le passé ».

Navi Pillay ajoute dans le texte qu'il n'y a « pas de prescription pour les violations graves des droits de l'homme pouvant être assimilées à des crimes internationaux, comme la torture, les exécutions extrajudiciaires, les disparitions forcées et les viols ».

« De telles violations systématiques des droits ne peuvent être ignorées. Tous les Haïtiens qui ont souffert de tels abus ont le droit d'obtenir justice.  » — Navi Pillay, haute-commissaire de l'ONU chargée des droits de l'homme

Lors de son retour en Haïti, en janvier 2011, les autorités haïtiennes ont ouvert une enquête sur les allégations de violation des droits de la personne et d'autres crimes associés à son règne de 15 ans.

Une trentaine de personnes ont porté plainte contre Jean-Claude Duvalier pour les années qu'elles ont passées à la prison de Fort-Dimanche, où le régime emprisonnait ses opposants politiques, dont plusieurs ont été torturés et assassinés.

Aujourd'hui âgé de 61 ans, Jean-Claude Duvalier a été chassé du pouvoir en 1986 par une révolte populaire. Il est rentré à Haïti après 25 ans d'exil en France officiellement « pour aider » à la suite du tremblement de terre qui avait dévasté le pays un an plus tôt.

Une dictature impitoyable

Jean-Claude Duvalier escorté par des policiers, le 18 janvier 2011 Jean-Claude Duvalier escorté par des policiers, le 18 janvier 2011  Photo :  PC/Ramon Espinosa

En 2007, Jean-Claude Duvalier est intervenu sur les ondes haïtiennes pour demander pardon au peuple pour les erreurs commises pendant son règne qui s'est amorcé en 1971. L'homme avait 19 ans lorsqu'il a succédé à son père décédé à la tête de l'État haïtien.

Le président sortant René Préval avait assuré à l'époque que Jean-Claude Duvalier, accusé de détournements de fonds pendant l'exercice de son pouvoir, n'échapperait pas à la justice.

Les fonds qui auraient été détournés par Jean-Claude Duvalier, sous le couvert d'oeuvres sociales, sont estimés à environ 100 millions de dollars.

La dictature de « Bébé Doc » a été marquée par la répression politique et un régime de terreur mené d'une main de fer par une police secrète dont les membres étaient surnommés « tontons macoutes ».

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