L'homme qui a tué Ben Laden parle

Près de la Maison-Blanche, un homme lit un journal annonçant la mort de Ben Laden Près de la Maison-Blanche, un homme lit un journal annonçant la mort de Ben Laden  Photo :  AFP/Jewel Samad

L'homme qui a tué Oussama ben Laden parle pour la première fois de la mission qui a conduit à la mort du chef du réseau Al-Qaïda, dans la nuit du 1er au 2 mai 2011. Dans une entrevue accordée au magazine américain Esquire, il expose aussi sa situation personnelle précaire depuis qu'il a quitté l'armée, en 2012.

« L'homme qui a tué Ben Laden... s'est fait avoir [is screwed] », titrait lundi le magazine. L'ancien militaire n'a ni pension, ni assurance maladie, ni aucune protection sociale pour lui ou sa famille.

À 35 ans, il a travaillé pendant 16 ans dans la Marine, soit quatre années de moins que les 20 ans nécessaires pour bénéficier d'une protection sociale à vie. Ne voulant plus d'une profession où il doit se servir d'armes, l'ex-soldat est maintenant consultant, payé à la pige.

En entrevue, il décrit sobrement les derniers moments de la vie d'Oussama ben Laden.

Le tireur d'élite est le premier à entrer, dans la nuit du 1er au 2 mai 2011, dans la pièce du troisième étage de la résidence du chef d'Al-Qaïda, à Abbottabad, au Pakistan. Ses confrères sont occupés aux autres étages, eux aussi à la recherche de Ben Laden, mais ils tombent sur d'autres membres de la famille.

Dans la chambre du troisième étage, Oussama ben Laden, debout dans le noir, ne voit rien. Il pousse la plus jeune de ses femmes, Amal, devant lui, en direction du vacarme dans le couloir. Le tireur d'élite qui est entré dans la pièce, lui, est muni de lunettes de vision nocturne. Il reconnaît Ben Laden, à 25 centimètres de lui, et remarque à quel point il est « maigre, grand, avec une barbe très courte ». Il cible son front. « C'est lui. Boum. C'est fait », décrit le militaire. Il tire deux fois, puis une troisième, alors que Ben Laden est au sol.

« Je me souviens qu'alors que je le regardais prendre ses dernières bouffées d'air, j'ai pensé : est-ce la meilleure chose que j'ai jamais faite, ou la pire? C'est vraiment lui. Merde. » — Le tireur d'élite, en entrevue avec l'Esquire

L'ancien militaire explique dans l'entrevue que personne ne lui a jamais officiellement dit qu'il fallait « tuer » Oussama ben Laden, mais que cela allait de soi, que c'était une directive implicite.

Dans les instants qui suivent la mort de Ben Laden, le tireur d'élite maîtrise Amal, qui hurle et fonce sur lui, puis il réalise que le plus jeune fils de Ben Laden se trouve dans la pièce. Il prend le bambin qui pleure et le donne à sa mère.

En tout, l'opération aura duré 40 minutes.

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Retour de mission, dure réalité

À son retour de l'opération d'Abbottabad, le tireur d'élite apprendra à ses enfants à se cacher dans le bain - l'endroit le plus fortifié de la maison - au moindre signe de danger. Il apprendra aussi à sa femme, dont il est séparé, mais avec qui il vit toujours, à se servir d'une arme. Cette dernière est convaincue qu'à cause de la mission d'Abbottabad, un danger planera toujours sur eux et leurs enfants.

La famille dispose aussi maintenant d'un sac de vêtements et de nourriture pour pouvoir survivre cachés pendant deux semaines dans la clandestinité, si nécessaire, explique l'ancien soldat.

Quand la famille a demandé au gouvernement quelle sorte de protection elle pourrait obtenir si jamais le nom du tireur d'élite venait à être connu, les autorités lui ont répondu qu'elle pourrait bénéficier d'un programme comme celui de la protection des témoins, mais que le département de la Défense ne dispose pas, en ce moment, d'un tel programme.

Tant que le tireur garde l'anonymat, la famille se réjouit toutefois de pouvoir, malgré sa situation précaire, rester chez elle et garder contact avec ses proches.

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