Le monde arabe en mutation

Tunisie : tensions à la veille d'une grève générale

Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Crise politique en Tunisie

Une déclaration de la présidence tunisienne a amplifié l'atmosphère politique lourde qui pèse actuellement en Tunisie. En fin de journée, jeudi, la présidence a annoncé qu'elle n'avait aucune information sur la composition d'un nouveau gouvernement de technocrates annoncé la veille par le premier ministre Hamadi Jebali.

« La présidence de la République tient à affirmer que tout changement au pouvoir doit se passer dans le cadre de la légalité représentée par l'Assemblée nationale constituante qui reste la source fondamentale du pouvoir », a ajouté un porte-parole.

Le porte-parole a toutefois indiqué que le président Moncef Marzouki était favorable à « la formation d'un gouvernement de consensus national comprenant des technocrates à la tête des ministères économiques et techniques ».

Plus tôt, les membres du parti Ennahda se déchiraient sur la proposition de leur chef de mettre en place un gouvernement de technocrates, tandis que la rue s'est de nouveau enflammée au lendemain de l'assassinat d'un des leaders laïcs de l'opposition, Chokri Belaïd.

Tôt jeudi, des heurts ont éclaté entre manifestants et policiers dans la ville de Gafsa ainsi que dans la capitale, Tunis, où les forces de l'ordre ont eu recours aux gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. Selon des témoins, un groupe de manifestants a saccagé un commissariat de la capitale en fin de journée.

L'avocat Chokri Belaïd, figure de l'opposition laïque tunisienne, assassiné devant sa maison le 6 février 2012.

Des milliers de Tunisiens en colère accusent le parti Ennahda au pouvoir d'être responsable du meurtre de Chokri Belaïd. D'importantes manifestations secouent la Tunisie depuis. Selon le ministère de l'Intérieur, un policier a été tué lors des heurts.

Mercredi, le premier ministre du pays, Hamadi Jebali, a tenté de calmer le jeu en proposant de dissoudre l'actuel gouvernement pour le remplacer par un cabinet de technocrates qui assureraient le fonctionnement de l'État jusqu'à l'organisation d'élections législatives anticipées.

La division s'installe dans les rangs d'Ennahda

Des membres de l'UGTT manifestent à Tunis.

La proposition n'est cependant pas bien reçue au sein du parti islamiste Ennahda, dont est lui-même issu Hamadi Jebali.

Jeudi matin, le vice-président du parti Ennahda, Abdelhamid Jelassi, a déclaré que « le premier ministre n'avait pas demandé l'opinion des membres de son parti avant d'annoncer la dissolution. Nous, au sein du parti, pensons que la Tunisie doit avoir un gouvernement de politiciens tout de suite. Nous allons continuer les discussions avec les autres partis pour former un gouvernement de coalition ».

Le parti Ennahda, qui nie toute implication dans l'assassinat de son adversaire politique, gouverne avec deux formations laïques au sein d'une coalition menacée d'éclatement depuis de longues semaines.

De son côté, l'opposition ne décolère pas. Le principal syndicat du pays a lancé un appel à une journée de grève générale vendredi, jour des funérailles de Chokri Belaïd. Les avocats ont pour leur part entamé la grève dès jeudi.

Le parti islamiste Ennahda n'arrive pas à stabiliser le pays, deux ans après la révolution qui a déclenché le printemps arabe.

Depuis son accession au pouvoir, Ennahda a été confronté à une série de crises politiques et sociales ainsi qu'à des violences orchestrées par des extrémistes salafistes.

Enquête

Le chauffeur de Chokri Belaïd a été entendu par les policiers dans le cadre de l'enquête. Selon les médias locaux, il aurait été relâché et aucune accusation n'a été portée contre lui.

C'est à la suite du témoignage d'une voisine de la victime que le chauffeur a été convoqué par la police. La voisine a indiqué que le chauffeur n'avait eu aucune réaction après l'assassinat de M. Belaïd. Elle a affirmé également qu'une personne lui a parlé avant l'assassinat, ce qui a soulevé chez le témoin des soupçons de complicité.

Bras de fer entre laïcs et islamistes

Des manifestantes chantent derrière un barbelé devant le ministère de l'Intérieur, à Tunis.

Chokri Belaïd, un responsable de l'opposition laïque en Tunisie et farouche opposant aux islamistes, a été abattu devant son domicile mercredi, à Tunis. Selon le Front populaire, la coalition de gauche dont il était l'un des dirigeants, il est décédé à l'hôpital après avoir été atteint de quatre balles à la tête et la poitrine.

« Les autorités savaient que Chokri Belaïd était menacé, et n'ont rien fait », a déclaré le chef du Parti républicain, Ahmed Néjib Chebbi, à l'Agence France-Presse. M. Chebbi a ajouté figurer lui-même sur une liste de personnalités politiques menacées de mort par les islamistes.

Selon l'Agence France-Presse, M. Chebbi s'inquiète du « risque de voir la transition démocratique compromise », d'autant qu'aucun compromis n'est en vue sur la Constitution, ce qui empêche la tenue d'élections.

Plusieurs partis de l'opposition laïque se sont alliés pour dénoncer et réclamer la dissolution des milices armées pro-Ennahda appelées « Ligues de protection de la révolution » (LPR).

Mais le gouvernement au pouvoir fait la sourde oreille aux appels de dissolution de ce groupe responsable d'une attaque spectaculaire en décembre 2012 contre le siège de la centrale syndicale de l'Union générale tunisienne du travail et du meurtre, en octobre dernier, de Lotfi Naguedh, un membre de l'opposition battu à mort dans le sud du pays.

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