Le monde arabe en mutation

Al-Assad répondra-t-il à l'appel de l'opposition syrienne?

Ahmed Moaz Al-Khatib (à gauche) et Lakhdar Brahimi à Munich Ahmed Moaz Al-Khatib (à gauche) et Lakhdar Brahimi à Munich  Photo :  AFP/THOMAS KIENZLE

Des signes apparus ces derniers jours montrent que le conflit syrien se trouve devant un tournant qui augure d'un début de solution, même si la sortie de la crise risque d'être longue et laborieuse.

Le signe le plus significatif est l'appel au dialogue lancé au régime syrien, mercredi dernier, par le chef de la coalition de l'opposition syrienne Ahmed Moaz Al-Khatib, rompant ainsi avec la doctrine de l'opposition qui a toujours refusé de discuter avec le régime.

M. Al-Khatib ne s'est pas contenté d'une déclaration. Le lendemain, il a réussi, lors d'une rencontre de la coalition, à convaincre ses collègues de la nécessité du dialogue, tout en posant des conditions.

La réunion de la coalition s'est donc conclue avec un communiqué reprenant globalement le propos de M. Al-Khatib.

Depuis, le chef de la coalition a rencontré à Munich le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, allié du régime syrien, le vice-président américain, Joe Biden, le médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe, Lakhdar Brahimi, que l'opposition a sévèrement critiqué, et le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, l'autre allié du régime de Bachar Al-Assad.

C'est la première fois que le chef de la coalition syrienne rencontrait officiellement des responsables russe et iranien ainsi que le médiateur Lakhdar Brahimi.

Lundi, soit deux jours après ces rencontres, M. Al-Khatib s'est exprimé dans les médias arabes, notamment Al-Jazira et Al-Arabiya, où il a donné plus de substance au sujet de son appel.

Le chef de la coalition a adressé une lettre ouverte au président syrien Bachar Al-Assad dans laquelle il lui a écrit : « [...] Je te demande de regarder les yeux de tes enfants avant de dormir pour que tu retrouves une partie de ton humanité qui nous poussera à la solution ».

Le dialogue, selon l'opposition syrienne

M. Al-Khatib a d'abord identifié la personne au sein du régime avec laquelle il souhaite entamer les discussions, le vice-président syrien Farouk El-Charaa. Bien qu'occupant une place importante au sein de la pyramide du pouvoir, M. El-Charaa s'est fait très discret depuis le début de la crise.

Il s'est prononcé une seule fois en décembre dernier dans une entrevue, où il a déclaré que l'armée ne pourra venir à bout des rebelles, et les rebelles ne pourront renverser le régime.

Selon l'opposition, le vice-président n'est pas de ceux dont les mains sont tachées de sang.

Le chef de la coalition a expliqué que l'appel au dialogue est dicté par la volonté de mettre fin aux souffrances de la population syrienne. Il a insisté pour expliquer que l'appel au dialogue n'était pas une « trahison », mais que c'était un moyen d'éviter au pays davantage de destruction et de morts.

Cependant, M. Al-Khatib a indiqué que « le plus important est que le régime accepte le principe de son départ ». « Si le régime accepte, nous ne lui fermerons pas la porte », a-t-il déclaré.

Reconnaissant implicitement l'impasse dans laquelle se trouve l'opposition, M. Al-Khatib a expliqué que les grandes puissances n'ont pas une vision claire de la crise syrienne ni de la solution à apporter.

En dernier lieu, M. Al-Khatib a demandé aux responsables des grandes puissances de demander à Israël de ne pas s'immiscer dans le conflit syrien, faisant allusion au raid mené par les Israéliens contre un centre de recherche militaire syrien et un convoi d'armes à la frontière avec le Liban.

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