La crise malienne

Bamako veut négocier avec les Touaregs sous condition

Radio-Canada avec Le Monde
Dioncounda Traoré Dioncounda Traoré  Photo :  AFP/SIMON MAINA

Le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, a annoncé jeudi qu'il était prêt à discuter avec les Touaregs du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) sous condition.

Dans une longue entrevue à Radio France internationale (RFI), M. Traoré a indiqué que « le seul groupe avec lequel nous pouvons envisager des négociations susceptibles d'aboutir à quelque chose, c'est certainement le MNLA », mais il a précisé que le mouvement doit « renoncer à toutes ses prétentions territoriales ».

M. Traoré a exclu tout dialogue avec les autres groupes islamistes y compris le Mouvement islamique de l'Azawad (MIA), un groupe qui s'est nouvellement dissocié d'Ansar Dine et qui a appelé au dialogue avec Bamako.

Mais le président malien a estimé « le MIA ne correspond à rien du tout. ». « C'est parce que la peur a changé de camp qu'aujourd'hui, ils essaient d'échapper à leurs responsabilités en disant qu'ils se désolidarisent d'Ansar Dine et d'Aqmi. », a-t-il expliqué.

Le MNLA a lancé une offensive dans le Nord du mali en janvier 2012 en s'alliant avec des groupes islamistes, mettant en déroute l'armée malienne. Mais, l'alliance avec les groupes islamistes n'a pas duré longtemps. En quelques semaines, les combattants du MNLA ont été chassés de toutes les villes conquises.

Le 6 avril de la même année, le MNLA a proclamé l'indépendance du Nord Mali, mais sans réellement contrôler le territoire.

La crise malienne

Pression française

Cette ouverture des autorités maliennes survient au lendemain de l'appel lancé par Paris à « engager sans plus attendre des discussions avec les représentants légitimes des populations du Nord (élus locaux, société civile) et les groupes armés non terroristes reconnaissant l'intégrité du Mali ».

Un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères a affirmé que « seul un dialogue Nord-Sud permettra de préparer le retour de l'État malien dans le nord du pays ».

Des députés maliens se sont d'ailleurs prononcés pour la mise en place d'une « feuille de route » politique pour l'après-guerre dans le nord du Mali, qui prévoit une discussion avec certains groupes armés dans le cadre de la « réconciliation nationale ».

Le texte souligne la nécessité « d'entamer les discussions avec les groupes armés qui ne mettent en cause ni l'intégrité territoriale du pays, ni la laïcité de l'État malien » et « de mettre en place une commission de réconciliation nationale ».

Le chef de l'État Dioncounda Traoré a déjà indiqué qu'il ne se présenterait pas à la prochaine élection présidentielle, qui pourrait se tenir avant le 31 juillet prochain.

Les opérations militaires se poursuivent

Sur le terrain, les troupes franco-africaines poursuivent leur avancée dans le nord du pays.

Des sources militaires maliennes ont indiqué que quatre soldats maliens ont été tués dans l'explosion d'une mine au passage de leur véhicule entre Mopti et Gao. Mais ces sources ignorent si les mines ont été placées avant ou après l'arrivée des troupes dans la région.

Par ailleurs, l'état-major français fait état de frappes aériennes « assez importantes » sur des sites de groupes islamistes dans la région d'Aghelhok au nord de la ville Kidal, dont l'aéroport est sous le contrôle des soldats français.

De son côté, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drain, a déclaré que les groupes islamistes « ont subi de lourdes pertes » depuis le début de l'intervention française le 11 janvier, sans donner plus de précisions. 

La réconciliation risque toutefois d'être difficile. À Gao, au moins deux hommes, soupçonnés d'avoir collaboré avec les rebelles, auraient été battus à mort. Des scènes similaires se sont déroulées à Tombouctou, où une foule en colère s'est attaquée à des commerces. Leurs propriétaires auraient sympathisé avec les islamistes, qui ont imposé un régime brutal dans la région.

Les forces françaises et maliennes affirment que lors de leur offensive, elles n'ont rencontré aucune résistance des islamistes. Les groupes armés se seraient repliés dans le massif montagneux de l'Adrar des Ifoghas, près de la frontière algérienne.

« Ce n'est ni bon signe ni mauvais signe parce que nous ne savons pas exactement pourquoi il n'y a pas eu de combat, qu'est ce que l'adversaire mijote. Probablement qu'ils se sont retirés des grandes villes pour ne pas se trouver coincés et qu'ils ont dû se retirer pas très loin de ces agglomérations. Alors qu'est-ce qu'ils vont faire ensuite, on ne le sait pas encore », dit Traoré.

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