Appel à l'aide des travailleurs forcés chinois

Le reportage de Catherine Mercier

La découverte dans un produit acheté aux États-Unis d'une lettre qui aurait été écrite par un travailleur (ou une travailleuse) d'un « camp de rééducation » chinois remet à l'avant-plan l'existence de ce système de détention controversé.

Le 21 octobre dernier, Julie Keith, de Portland, en Oregon a fait une découverte troublante dans un emballage de décorations d'Halloween qu'elle avait achetées au Kmart l'année précédente. Entre les blocs de polystyrène qui retenaient en place les accessoires se trouvait une lettre manuscrite pliée en huit.

Une photo de la lettre retrouvée par Julie Keith dans un emballage de décorations d'Halloween. Une photo de la lettre que Julie Keith a postée sur Facebook après l'avoir trouvée dans un emballage de décorations d'Halloween.  Photo :  Julie Keith

L'auteur de la missive, écrite en anglais, demandait poliment de la faire suivre à « l'Organisation mondiale des droits de la personne » et « des milliers de personnes qui sont persécutées par le gouvernement du parti communiste chinois vous en remercieront et se souviendront de vous pour toujours. »

La lettre indiquait que les décorations avaient été fabriquées à l'unité 8, département 2, du camp de travail de Masanjia, dans la province de Liaoning, au nord-est de la Chine.

« Les gens ici doivent travailler 15 heures par jour, sans congé le samedi, le dimanche ni aucun autre jour. Autrement, ils sont victimes de torture ou sont battus. » — Extrait de la lettre

L'auteur de la lettre mentionnait également que les ouvriers étaient payés 10 yuans par mois, soit environ 1,60 $.

Julie Keith a tenté d'entrer en contact avec plusieurs organisations de défense des droits de l'homme, sans succès. Elle s'est finalement tournée vers le journal local, The Oregonian, qui a publié l'histoire à la fin décembre.

Fabriqué en Chine : à quel coût?

Wang Yi a été détenue dans un camp de travail pendant un an. Wang Yi a été détenue dans un camp de travail pendant un an.

Les autorités américaines tentent de déterminer si la lettre est authentique. Toutefois, les conditions de vie dans les camps de travail ressemblent à celles qu'elle décrit.

Détenus pendant un an dans un « camp de rééducation » pour des propos publiés sur Twitter, Wang Yi et son mari devaient fabriquer des perruques et d'autres articles destinés à l'exportation, comme des colliers et des éclairages décoratifs, pour un salaire de 6 yuans par mois, soit moins de 1 $.

« Nous ne sommes même pas de la main d'oeuvre bon marché, « exploitation » est un mot trop faible. C'est du travail forcé. » — 

Introduit en Chine en 1957, le système de rééducation par le travail est un sombre héritage de l'Union soviétique. Les autorités emprisonnent ainsi des opposants politiques pendant une période pouvant aller jusqu'à quatre ans, sans procès. Un nombre important de membres du Falun Gong sont également détenus, depuis que le mouvement politique et religieux a été déclaré illégal, en 1999. Les défenseurs du système affirment que ces détentions sont nécessaires pour maintenir la stabilité sociale.

Des prisonniers dans un camp de travail chinois Des prisonniers dans un camp de travail chinois

En 2009, le gouvernement chinois a reconnu que 190 000 personnes étaient emprisonnées dans ces camps. Les organismes de défense des droits de la personne, qui dénoncent l'existence de ce système et les conditions de détention, croient qu'il y en aurait plutôt 300 000.

Récemment, des cas très médiatisés ont retenu l'attention du public et Pékin a laissé entendre qu'il pourrait réformer le système. Plusieurs se demandent toutefois si c'est réaliste, compte tenu de l'avantage économique que procurent ces travailleurs forcés.

The Oregonian rapporte que le propriétaire de Kmart, Sears Holding Corporation, a publié un communiqué rappelant que l'entreprise a un programme visant à garantir, entre autres, que ses fournisseurs n'aient pas recours au travail forcé. Sears s'est également engagée à enquêter sur les allégations de Julie Keith.

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