Le monde arabe en mutation

L'Égypte toujours en ébullition

Le compte rendu de Luc Chartrand

Ni l'appel au dialogue du président Mohamed Morsi, ni l'instauration du couvre-feu n'ont réussi à décourager les protestataires en Égypte. La rue égyptienne bouillonne depuis la commémoration, le 25 janvier dernier, du second anniversaire du soulèvement qui a mené à la chute de l'ancien président Hosni Moubarak.

Lundi, des centaines de personnes sont descendues dans les rues d'Ismaïlia, Suez et de Port-Saïd, où une personne est morte devant un commissariat de police.

En plus du couvre-feu et de l'État d'urgence, le gouvernement a signé un décret autorisant l'armée à arrêter les civils. Mais les autorités ont précisé que les personnes arrêtées par l'armée seront jugées par des tribunaux civils et non militaires.

Les autorités entendent ainsi se démarquer de l'ancien régime qui a jugé les protestataires par des tribunaux militaires.

Les heurts les plus meurtriers ont eu lieu à Port-Saïd, où 40 personnes ont péri après la condamnation à mort samedi de 21 partisans du club de football local Al-Masry impliqués dans des violences meurtrières l'an dernier à l'issue d'un match contre le club cairote d'Al-Ahly.

Les tensions en Égypte ont fait réagir Amnistie internationale, qui a condamné la répression « meurtrière » des manifestations.

L'ONG fait état « de l'usage par les services de sécurité d'une force létale même quand cela ne s'imposait pas ».

« Le recours à la violence par certains manifestants ne donne pas carte blanche à la police pour tirer sur des manifestants et les battre », souligne Amnistie dans un communiqué.

De leur côté les États-Unis condamnent la violence en Égypte et exhortaient les Égyptiens à respecter le processus démocratique, tout en saluant l'appel au dialogue lancé par le président Morsi.

Avec cette position, le président Morsi s'est visiblement assuré le soutien de Washington.

 Le Canada a fermé jusqu'à nouvel ordre son ambassade au Caire, en raison des manifestations qui se poursuivent.

Dialogue sous condition

Mais l'appel au dialogue lancé par M. Morsi n'a pas convaincu l'opposition. Le Front du salut national (FSN), qui regroupe l'essentiel de l'opposition au président Morsi, a refusé l'invitation.

Le FSN a jugé la proposition du dialogue « superficielle », mais n'exclut pas la participation à des discussions si le président acceptait ses conditions.

Le Front du salut national a réclamé la nomination d'un gouvernement d'union nationale, des amendements à la nouvelle Constitution et le limogeage du procureur de la République, nouvellement nommé. Par ailleurs, le FSN a appelé à des manifestations vendredi prochain.

Ce refus n'a pas empêché le président Morsi de commencer les discussions avec d'autres partis politiques, dont le sien, le Parti liberté et justice, ainsi que le parti salafiste Nour et al-Wassat. Au total, six partis ont accepté l'invitation du président.

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