Le monde arabe en mutation

Le président égyptien décrète l'état d'urgence

Des Égyptiens manifestent au Caire près de la place Tahrir tandis que les violences se poursuivent pour une troisième journée en Égypte. Des Égyptiens manifestent au Caire près de la place Tahrir tandis que les violences se poursuivent pour une troisième journée en Égypte.  Photo :  AFP/MOHAMMED ABED

Le président égyptien, Mohamed Morsi, décrète l'état d'urgence dans trois régions où les violences ont fait 46 morts en trois jours. Le président appelle aussi à un dialogue national incluant les dirigeants de l'opposition lundi.

Les trois régions concernées par l'état d'urgence de 30 jours sont Port-Saïd, Ismaïliya et Suez.

Dimanche, les violences se sont surtout concentrées à Port-Saïd, dans le nord-est de l'Égypte. Les confrontations ont éclaté pendant les funérailles des 31 personnes tuées la veille, après la condamnation à mort de 21 hommes qui avaient participé à un épisode de brutalité meurtrière survenu à la fin d'un match de soccer l'an dernier.

Dans un discours à la nation retransmis à la télévision, M. Morsi a annoncé des « mesures exceptionnelles » d'urgence pour faire face à l'escalade, tout en menaçant d'en prendre d'autres si les violences persistent. « Je le ferai pour l'intérêt de l'Égypte. C'est mon devoir et je n'hésiterai pas un instant », a-t-il déclaré.

« Je suis contre les mesures exceptionnelles, mais j'avais dit que si j'y étais contraint, je le ferais pour éviter que le sang ne coule et pour protéger les citoyens. » — Mohamed Morsi

Pour trouver une solution à la crise, les dirigeants du Front du salut national, la principale coalition de l'opposition, ont été conviés à une rencontre de dialogue en soirée au palais présidentiel au Caire, selon un communiqué de la présidence.

Certains leaders de l'opposition ont cependant participé à des entrevues télévisées où ils ont annoncé qu'ils participeraient à ce dialogue, mais seulement s'il était dirigé par une tierce partie indépendante, et s'ils recevaient l'assurance que ses conclusions s'appliqueraient pour tous.

Ottawa met en garde les Canadiens en Égypte

Le gouvernement fédéral a fermé son ambassade au Caire pour la journée, dimanche. Le gouvernement a aussi demandé aux Canadiens en Égypte de faire preuve « d'une grande prudence », considérant « le caractère imprévisible des conditions de sécurité » et « les manifestations qui continuent de se produire partout dans le pays ».

Six morts, 467 blessés

Parmi les six victimes de dimanche, un jeune homme de 18 ans a succombé à une blessure par balle à la poitrine. Selon le directeur des hôpitaux de Port-Saïd, plus de 400 personnes ont aussi été intoxiquées par des gaz lacrymogènes et 38 autres ont été blessés par balle dans les affrontements entre les forces de l'ordre et les milliers de manifestants rassemblés pour les obsèques.

Certains des manifestants ont exprimé leur colère contre le pouvoir islamiste, scandant des slogans contre les Frères musulmans, dont est issu le président Morsi.

Plusieurs habitants de Port-Saïd pensent que les condamnations à mort ont été motivées par le souhait d'éviter des troubles plus graves encore avec les partisans très organisés d'Al-Ahly, qui avaient menacé de semer le « chaos » si le verdict n'était pas assez sévère.

L'émeute de samedi

Après la lecture du verdict, samedi, deux policiers ont été abattus à l'extérieur de la principale prison de Port-Saïd lorsque des proches des condamnés ont essayé de pénétrer dans l'établissement pour les libérer. La police a répliqué en lançant des grenades de gaz lacrymogène ainsi qu'en tirant des balles en caoutchouc et de vrais projectiles sur la foule.

Selon les responsables des forces de sécurité, la plupart des victimes auraient été tuées lors d'assauts contre le pénitencier, le bureau du gouverneur et la salle d'audience où s'est déroulé le procès. Le directeur d'un hôpital de la ville a indiqué que deux joueurs de soccer appartenant à des clubs locaux figuraient au nombre des morts. Des soldats ont été déployés à Port-Saïd à la suite de ces événements.

Ailleurs en Égypte

Des protestataires jettent des pierres aux policiers lors d'une manifestation à la place Tahrir samedi. Des protestataires jettent des pierres aux policiers lors d'une manifestation à la place Tahrir samedi.  Photo :  AFP/MOHAMMED ABED

Au Caire, des accrochages sporadiques ont continué d'opposer dimanche, pour la quatrième journée consécutive, de petits groupes de jeunes manifestants à des policiers près de la place Tahrir, où les forces de l'ordre ont répliqué aux jets de pierres par des tirs de gaz lacrymogènes.

Depuis vendredi, plusieurs villes d'Égypte ont connu des troubles à l'occasion du deuxième anniversaire du début du soulèvement ayant conduit à la chute de Hosni Moubarak.

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