Crimes contre l'humanité : Charles Taylor en appel

Radio-Canada avec Agence France-Presse et Associated Press
L'ex-chef d'État du Liberia Charles Taylor au Tribunal spécial pour les crimes de guerre en Sierra Leone (TSSL) le 16 mai 2012. L'ex-chef d'État du Liberia Charles Taylor au Tribunal spécial pour les crimes de guerre en Sierra Leone (TSSL) le 16 mai 2012.  Photo :  AFP/EVERT JAN DANIELS

Le procès en appel de l'ex-chef d'État du Liberia Charles Taylor s'est ouvert mardi devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), qui l'avait condamné à 50 ans de prison en mai dernier pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre.

La poursuite avait recommandé une peine de 80 ans de prison, que la défense de l'ancien président avait jugée « disproportionnée et excessive ».

Estimant que les juges de première instance ont commis des erreurs en droit, tant la défense que l'accusation ont décidé d'interjeter appel du verdict de culpabilité et de la peine imposée.

Le TSSL « devrait tenir pour responsable non seulement ceux qui ont perpétré les crimes, mais également ceux qui les ont soutenus, c'est extrêmement important », a déclaré le représentant de l'accusation à l'ouverture de l'audience publique à Leidschendam, dans la banlieue de La Haye.

« Ils sont tout aussi importants et cela inclut les seigneurs de guerre qui vendent des armes lors de ces conflits », a poursuivi Nicholas Koumjian.

Le 26 avril 2012, Charles Taylor est devenu le premier chef d'État reconnu coupable de crimes de guerre par une cour internationale, au terme d'un procès qui a duré quatre ans.

Inculpé en 2003, le chef d'État du Liberia était soupçonné d'avoir secrètement dirigé les milices rebelles de la Sierra Leone, pays voisin, pendant la guerre civile de 1991 et 2002 pour obtenir le contrôle du commerce des diamants sierra-léonais. Cette guerre a fait au moins 120 000 morts, ainsi que des milliers d'amputés et de personnes violées.

Les juges ont déclaré que M. Taylor avait « aidé et encouragé » une campagne de terreur, mais l'accusation assure qu'ils ont commis une erreur en disant que Charles Taylor avait simplement soutenu les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF). La poursuite avance plutôt que Taylor était le « chef », le « père », le « parrain » des rebelles, à qui il procurait des armes.

La défense, qui prévoit soumettre 45 motifs d'appel, demande quant à elle l'acquittement ou au moins une peine réduite, estimant que les intentions de leur client étaient pacifiques et ne visaient pas à encourager les exactions commises dans le pays voisin.

Charles Taylor, 64 ans, avait plaidé non coupable à toutes les accusations déposées contre lui par le TSSL, qui a été créé pour juger les personnes soupçonnées des massacres, des viols et des amputations ayant eu lieu jusqu'en 2001, durant les 10 ans de guerre civile en Sierra Leone.

Charles Taylor en bref

1948 : Charles Ghankay Taylor naît d'un père américain et d'une mère libérienne. Il grandit au sein de l'élite du pays.

1970 : Charles Taylor part étudier l'économie aux États-Unis.

1980 : Il retourne au Liberia, après le coup d'État de Samuel Doe, dont il partage la vision. Celui-ci lui offre un poste dans son gouvernement.

1983 : Taylor est accusé de détournement de fonds par Samuel Doe et il tombe en disgrâce. Il fuit aux États-Unis, où il est incarcéré. Il parvient à s'échapper, probablement avec l'aide de la CIA, avec qui il collabore. Il s'établit en Côte d'Ivoire, d'où il prépare sa revanche contre Samuel Doe.

1989 : Taylor est à la tête d'un groupe rebelle, le Front national patriotique du Liberia. Le soir de Noël, il lance sa guérilla au Liberia. Pendant cette guerre civile, un ancien lieutenant de Charles Taylor, Prince Johnson, se dissocie de lui et fonde un autre groupe armé. Ce sont les troupes de Johnson qui prennent le contrôle de la capitale libérienne, Monrovia, et qui assassinent Samuel Doe.

De 1990 à 1997 : Plusieurs factions s'affronteront au Liberia pour le contrôle des nombreuses richesses du pays, dont le fer, le bois et le caoutchouc. Les combats font plus de 200 000 morts. Les forces de Charles Taylor comptent alors de nombreux enfants-soldats.

1995 : Un fragile accord de paix est conclu et permet d'envisager des élections.

1997 : Charles Taylor, avec son macabre slogan « Il a tué mon père, il a tué ma mère, mais je vais voter pour Charles Taylor », est élu président du pays avec 75 % des voix. Le scrutin est jugé juste par les observateurs internationaux.

De 1997 à 2002 : À la tête du Liberia, Charles Taylor soutient les rebelles sierra-léonais du Front révolutionnaire uni (RUF), à l'origine d'une guerre civile sanglante au Sierra Leone, déclenchée en 1991.

1999 : Une nouvelle opposition armée émerge au Liberia et affronte le gouvernement de Charles Taylor. Pendant trois ans, le pays est à nouveau ravagé par la guerre civile.

2003 : Charles Taylor est inculpé de crimes de guerre et de crime contre l'humanité par le Tribunal spécial pour le Sierra Leone. Il quitte le pouvoir et s'exile au Nigeria. Il n'est arrêté qu'en 2006, lorsque le gouvernement nigérian le livre à la communauté internationale.

2007 : Le procès de Charles Taylor débute. Inculpé de 11 chefs d'accusation, il plaide non coupable.

26 avril 2012 : Charles Taylor est reconnu coupable de crimes contre l'humanité.

30 mai 2012 : L'ancien chef d'État du Liberia est condamné à 50 ans de prison.

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