Un leader religieux canadien soulève des foules au Pakistan

Radio-Canada avec Agence France-Presse et La Presse Canadienne
Tahir-ul-Qadri au sein de ses partisans, dimanche.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues du Pakistan à l'appel d'un leader religieux canado-pakistanais entré récemment dans le pays.

Tahir ul-Qadri, qui a littéralement surgi ces dernières semaines sur la scène politique pakistanaise, a organisé une grande marche populaire entre les villes de Lahore et la capitale pakistanaise, Islamabad, le tout couronné par un vaste rassemblement de ses partisans dans la capitale.

Le leader religieux a quitté Lahore à la tête d'un convoi d'environ 15 000 personnes dimanche. Lundi, à la mi-journée, plus de 50 000 personnes s'étaient jointes à la marche à Jhelun, une ville située à environ 120 kilomètres d'Islamabad, selon l'Agence France-Presse.

Les partisans de Tahir ul-Qadri convergent à pied et à bord d'autobus bondés vers la capitale pakistanaise.

Des hommes, des femmes et des enfants marchent derrière le convoi du nouveau leader en agitant le drapeau pakistanais tandis que d'autres sont à bord d'autobus bondés, selon l'AFP.

Considéré comme un religieux modéré par certains et comme un agitateur à la solde de l'armée par d'autres, Tahir ul-Qadri, 61 ans, est rentré au Pakistan en décembre dernier après avoir vécu plus de sept ans au Canada, dont il est un citoyen.

Appuyé par une importante et coûteuse campagne télévisée, il prône un assainissement des moeurs politiques et la préservation des valeurs fondamentales pakistanaises.

« Sortez de chez vous pour sauver le Pakistan, sauver l'avenir de vos enfants, sauver votre religion (...) et sauver le pays de ses leaders voleurs et corrompus », a déclaré dimanche Tahir ul-Qadri.

À quelques mois des élections

L'arrivée de Tahir ul-Qadri sur la scène politique pakistanaise survient à quelques semaines de la tenue d'élections au printemps.

Son discours trouve écho chez les Pakistanais, désabusés après cinq ans d'un régime qu'ils perçoivent comme étant profondément corrompu. Tahir ul-Qadri est le chef religieux fondateur d'une organisation caritative appelée Minhaj ul-Quran (la voie du Coran).

Tout comme l'ont fait les Égyptiens lors du printemps arabe, il appelle les Pakistanais à se mobiliser contre la corruption et à exiger des réformes.

« Nous allons rester à Islamabad jusqu'à ce que le gouvernement tombe, que les assemblées (fédérale et provinciales) soient dissoutes et que les dirigeants corrompus soient évincés », a déclaré Tahir ul-Qadri à l'AFP.

À Islamabad, où le convoi du leader est attendu, plusieurs milliers de personnes s'étaient rassemblées pour l'accueillir.

L'homme, qui a résidé plusieurs années à Toronto, où il enseignanit la théologie, a attiré l'attention ces dernières années notamment en lançant en 2010 une fatwa contre le terrorisme et les attentats-suicide. Des pratiques selon lui brutales et qui détournent le concept du Jihad (lutte religieuse) et conduisent à l'infidélité.

Leader légitime ou agitateur?

Tahir ul-Qadri entouré de ses partisans, dimanche.

Pour le gouvernement en place, le mouvement conduit par Tahir ul-Qadri n'est ni plus ni moins qu'une « conspiration ».

Les écoles et les commerces du secteur ont été fermés à la demande des autorités et des rues ont été bloquées à l'aide de conteneurs par la police pour éviter les débordements et protéger les édifices gouvernementaux.

Les détracteurs du mouvement de Tahir ul-Qadri le soupçonnent d'être à la solde de l'armée pakistanaise, qui tente selon eux de discréditer le système démocratique pakistanais au profit d'un leader fort. D'autres croient qu'il agit pour le compte de puissances étrangères qui tentent de saboter le processus électoral. D'autres encore se questionnent sur les moyens financiers dont dispose Tahir ul-Qadri et sur le financement de son organisation caritative.

Rappelons que les élections qui doivent avoir lieu au Pakistan au printemps seront les premières à survenir dans le pays après qu'un gouvernement civil eut atteint la fin de son mandat de cinq ans. Les trois autres gouvernements civils qui ont dirigé le Pakistan depuis 1947 ont tous été renversés par des coups d'État.

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