Crise malienne : la France entre en scène militairement

Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Le reportage d'Alexandra Szacka

Après quelques semaines de calme précaire, où les belligérants étaient en position d'attente, les événements se sont accélérés brusquement vendredi avec l'intervention militaire de la France à la demande du gouvernement intérimaire malien.

Le président François Hollande a annoncé que les troupes françaises ont participé à des opérations aux côtés de l'armée malienne contre les groupes islamistes armés qui contrôlent le nord du pays.

Cela fait deux jours que l'armée malienne tente de repousser les attaques des rebelles islamistes dans la région de Mopti, à 450 kilomètres au nord de la capitale.

Les rebelles ont finalement réussi à déloger l'armée de Konna, une ville stratégique située près de Mopti.

Par crainte de déroute de l'armée, comme ce fut le cas à Gao, Tombouctou et Kidal en avril dernier, les autorités maliennes ont fait appel au soutien militaire de la France.

M. Hollande n'a pas précisé la durée de cette opération, indiquant qu'elle « durera le temps nécessaire »

Par la suite, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a indiqué que l'armée française avait effectué une « intervention aérienne ».

« Les troupes maliennes sont là. Elles ont demandé l'appui de la France. La Communauté économique des États africains de l'Ouest [CEDEAO] aussi. L'Union africaine a demandé cet appui. Mais actuellement ce sont les Français qui sont en soutien des troupes maliennes », a ajouté M. Fabius.

Le Conseil de sécurité saisi par la France

La France a demandé dans une lettre au Conseil de sécurité « d'accélérer la mise en oeuvre de la résolution 2085 » qui autorise notamment le déploiement d'une force internationale au Mali (Force internationale de soutien au Mali ou MISMA).

Dans cette lettre, Paris « informe » aussi le Conseil que « les forces armées françaises ont apporté, en réponse à la demande [malienne] et en concertation avec nos partenaires, notamment dans la région, leur soutien aux unités maliennes pour lutter contre des éléments terroristes ». Cette opération « durera le temps nécessaire », ajoute le texte.

Selon des diplomates, l'intervention française se base sur l'article 51 de la Charte de l'ONU, qui prévoit un « droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un membre des Nations unies est l'objet d'une agression armée ». La France n'est pas tenue dans ce cadre d'obtenir une autorisation du Conseil, mais l'en informe.

Appui régional

Plus tôt, un responsable de l'armée malienne a affirmé que des troupes nigérianes, sénégalaises et françaises sont engagées aux côtés des Maliens. Mais le Sénégal a démenti la présence de ces troupes sur le territoire malien.

De son côté, le président de la CEDEAO, l'Ivoirien Alassane Ouattara, a autorisé vendredi l'envoi immédiat de troupes au Mali.

La CEDEAO a justifié cette décision par la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, qui a autorisé en décembre l'envoi de 3000 hommes. Cependant la résolution précisait que le déploiement ne devrait pas être effectif avant septembre 2013.

L'avancée des rebelles islamistes vers le sud fait craindre une jonction avec les extrémistes du Nigeria, le groupe Boko Haram, qui s'est illustré par de nombreuses attaques contre les chrétiens nigérians.

Selon le général américain Carter Ham, commandant en chef de la force américaine en Afrique, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), un des groupes qui contrôlent le nord du Mali, et Boko Haram cherchaient à « coordonner leurs forces », et pouvaient constituer une menace pour l'Afrique, mais également pour l'Europe et les États-Unis.

La France compte plus de 6000 ressortissants dans cette ancienne colonie. De plus, plusieurs de ses ressortissants se trouvent otages entre les mains d'islamistes qui circulent sans grande contrainte entre la Libye, le Niger, l'Algérie, le Mali et la Mauritanie.

L'entreprise française Areva exploite un important gisement d'uranium au Niger, dans la région de la ville d'Arlit, qui se trouve à 200 kilomètres des frontières maliennes. Trois des otages français travaillaient pour l'entreprise française. Selon plusieurs sources, les otages se trouveraient actuellement au Mali.

État d'urgence

Par ailleurs, le gouvernement malien a décrété l'état d'urgence dans l'ensemble du pays.

Jeudi, le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, a demandé l'aide de l'ONU et de la France pour repousser l'offensive des groupes armés islamistes.

Le même jour, le Conseil de sécurité de l'ONU a réclamé le « déploiement rapide » d'une force internationale au Mali, où les islamistes armés ne sont plus qu'à 20 km de la ville de Mopti

Des islamistes d'Ansar Dine près de Gao dans le nord du Mali Des islamistes d'Ansar Dine près de Gao dans le nord du Mali  Photo :  AFP/ROMARIC OLLO HIEN

Le Mali vit l'une des pires crises politiques depuis son indépendance.

Profitant de l'instabilité provoquée par un coup d'État en avril dernier, les groupes islamistes Ansar Dine, l'AQMI et le Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO) se sont alliés au mouvement séparatiste touareg (Mouvement national pour la libération de l'Azawad) pour s'emparer du nord du Mali.

Carte du Mali

Le Mali en bref


Capitale : Bamako
Population : 15 839 538
Langue officielle : Français
Indépendance : 1960 (ancienne colonie française)
Religion : 90 % musulmans, 10 % chrétiens et animistes
Ressources naturelles : agriculture, or (un des plus importants producteurs africains), potentiel important en pétrole (en cours d'exploration)

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