RDC : la rébellion du M23 amorce son retrait de Goma

Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Un rebelle monte la garde à Goma alors que le chef du M23 tient une conférence de presse le 27 novembre 2012. Un rebelle monte la garde à Goma alors que le chef du M23 tient une conférence de presse le 27 novembre 2012.  Photo :  AFP/PHIL MOORE

Les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) ont amorcé mercredi leur retrait de Goma pour se replier au nord de cette ville stratégique de l'est de la République démocratique du Congo (RDC), selon ce que rapportent l'ONU et des témoins.

« Des habitants m'ont dit qu'ils ont vu plusieurs dizaines de camions [civils] de marque Fuso et de l'Office des routes [administration locale, NDRL] quitter Goma avec des vivres et des munitions. Selon eux, ils se dirigeaient vers Rutshuru et Rumangabo », au nord de Goma, a déclaré un membre de l'autorité locale ayant requis l'anonymat.

« On nous a demandé de nous retirer à 20 kilomètres et nous allons le faire », a assuré le chef militaire des rebelles, le général Sultani Makenga, précisant que le M23 commençait à transférer sa « logistique - munitions, nourriture, médicaments - de Goma » vers le territoire de Rutshuru.

« Nous sommes en train de quitter Sake, nous sommes en train de quitter Masisi. Nous avons entamé le retrait de nos troupes qui sont très loin de Goma. [...] Goma viendra après », a-t-il ajouté.

Le porte-parole de la Mission de l'ONU dans le pays (MONUSCO), Manodje Mounoubai, a précisé à l'Agence France-Presse : « On a vu des mouvements du M23 dans les deux sens : des véhicules sont partis vers le Nord, en direction de Kibumba, avec 124 personnes; mais on a vu aussi des véhicules arriver à Goma avec 129 personnes ».

Le chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, Hervé Ladsous, avait déclaré la veille qu'il y avait « des indications selon lesquelles les éléments du M23 ont peut-être commencé à se retirer » de cette ville située dans la province du Nord-Kivu.

M. Ladsous a par ailleurs annoncé que le principal conseiller militaire de l'ONU, le général Babacar Gaye, était en route vers la région pour régler les modalités militaires après le retrait des rebelles. Il discutera de la situation de l'aéroport de Goma, de la mise en place d'une « zone neutre » une fois les rebelles retirés et « du concept d'une force neutre internationale » pour stabiliser la région.

La Croix-Rouge a ramassé 62 corps

Les volontaires de la Croix-Rouge congolaise a annoncé avoir « enterré 62 corps ramassés dans les rues » de Goma dans les jours qui ont suivi la prise de la ville par les rebelles. « Les corps ont été ramassés entre mercredi [21 novembre] et vendredi. Ce sont ceux de civils et de militaires, que des adultes », a indiqué le président de la Croix-Rouge, Dominique Lutula.
Des milliers de Congolais fuient la ville de Sake, à 26 km de Goma, en raison des violences dans l'est de la République démocratique du Congo le 22 novembre 2012. Des milliers de Congolais fuient la ville de Sake, à 26 km de Goma, en raison des violences dans l'est de la République démocratique du Congo le 22 novembre 2012.  Photo :  AFP/PHIL MOORE

Le chef militaire des rebelles avait accepté de se conformer à la décision des États de la région lors du Sommet de Kampala, samedi dernier. Sultani Makenga avait indiqué que ses troupes quitteraient la capitale du Nord-Kivu d'ici vendredi.

La déclaration du sommet - qui réunissait les cinq États de l'Afrique des Grands Lacs (l'Ouganda, le Rwanda, la RDC, la Tanzanie et le Kenya) - demandait aux rebelles de mettre un terme à la guerre et de se retirer de Goma dans les 48 heures. Le Sommet de Kampala leur demandait également de demeurer à 20 km au nord de la ville qu'ils avaient prise le 20 novembre dernier.

Mais le chef politique du M23, Jean-Marie Runiga, a posé par la suite de nouvelles conditions pour concrétiser le retrait de la ville, dont l'ouverture de négociations avec le gouvernement de Kinshasa, la libération de prisonniers politiques et la dissolution de la commission électorale en échange du retrait.

Le gouvernement congolais du président Joseph Kabila a qualifié cette demande de véritable « farce ». Et Jean-Marie Runiga a répété qu'il « continuera d'exiger des négociations directes » avec le président.

Le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, a dit attendre « de voir l'effectivité du retrait avant d'y croire ». « Une fois qu'ils [les rebelles] se seront retirés, le président [Kabila] va les écouter, il va procéder à un réexamen des accords de 2009, et il va répondre aux griefs qu'il juge légitimes [...]. Nous nous y sommes engagés », a-t-il ajouté.

Les chefs d'état-major des armées des cinq États de l'Afrique des Grands Lacs se réuniront quant à eux vendredi à Goma pour s'assurer du respect des engagements du M23.

La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a appelé pour sa part tous les dirigeants africains de la région à cesser de soutenir le M23, en sommant les rebelles de respecter le cessez-le-feu qu'ils ont accepté.

L'est de la RDC est le théâtre de conflits quasiment ininterrompus depuis une vingtaine d'années, en raison de ses richesses minières et agricoles que dispute le gouvernement congolais à certains pays voisins, principalement le Rwanda et l'Ouganda. L'ONU accuse ces pays de soutenir le M23, ce que démentent les deux pays.

Le M23 est composé d'anciens rebelles qui avaient intégré l'armée en 2009 avant de se mutiner en avril pour reprendre les combats contre elle dans la région du Kivu.

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