Gaza : journée la plus meurtrière depuis le début de l'offensive israélienne

Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Le reportage de Jean-François Bélanger

Au moins 26 Palestiniens, surtout des femmes et des enfants, ont été tués dimanche dans l'offensive israélienne sur la bande de Gaza, en faisant la journée la plus meurtrière depuis le début de l'opération il y a cinq jours.

L'attaque la plus meurtrière a fait 11 morts. Une famille palestinienne a été décimée lorsqu'un missile est tombé sur une demeure du quartier de Nasser dans la ville de Gaza. Quatre femmes et cinq enfants, et neuf membres d'une même famille, ont été tués dans l'attaque.

Le père de famille, Mohammad al-Dallou, était un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur du Hamas, chargé de la protection des personnalités.

Le correspondant de Radio-Canada Jean-François Bélanger qui a réussi à entrer dans la bande de Gaza était sur place au moment de l'attaque. « Ce qu'on a vu, rapporte-t-il, était une scène impressionnante, une véritable course contre la montre. Des bulldozers s'affairaient sur les décombres de la maison de la famille pour essayer de trouver des survivants. » Pour suivre sa couverture du conflit, lisez cet article.

L'armée a par ailleurs annoncé avoir tué un haut cadre du Hamas, Yehia Bea, chargé de superviser les tirs de roquettes contre Israël. L'annonce n'a pas été confirmée par le Hamas.

Dimanche soir, dans de nouveaux raids, deux hommes sont morts alors qu'ils se trouvaient à bord d'une voiture au nord de la ville de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.

Une femme de 60 ans a aussi été tuée dans sa maison à Rafah, lors d'un bombardement.

La marine israélienne s'est jointe dimanche à l'offensive contre le Hamas, combinant ses forces à celles des missiles de l'armée.

Tandis que l'offensive se poursuit, sur le territoire israélien, pour la quatrième journée consécutive, les sirènes d'alerte ont retenti à Tel-Aviv. Trois roquettes du Hamas ont été interceptées et détruites dimanche au dessus de Tel-Aviv par le dispositif antimissile baptisé Dôme de fer.

Sept Israéliens ont été blessés. Un bâtiment de quatre étages a été touché de plein fouet.

Des roquettes sans explosif?

La tension est palpable du côté des habitants de Tel-Aviv, comme en témoigne la correspondante de Radio-Canada à Jérusalem, Ginette Lamarche. Il est très rare que des roquettes palestiniennes parviennent à se rendre assez loin sur le territoire israélien pour survoler la métropole, explique-t-elle.

Or, selon des sources israéliennes citées par l'Agence France-Presse, les roquettes palestiniennes qui survolent le ciel de Tel-Aviv seraient lancées sans charges explosives pour pouvoir accroître leur portée. « Ce sont des tubes, en fait », a affirmé un responsable israélien.

L'objectif du Hamas, en lançant ces roquettes rendues quasi inoffensives serait de galvaniser les Palestiniens, tout en créant plus d'inquiétude chez les Israéliens. On ignore toutefois combien de roquettes palestiniennes étaient « vides » sur les quelque 900 projectiles tirés vers Israël depuis mercredi.

Plein écran

Plus tôt, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou s'était dit prêt à « intensifier de façon significative » l'opération militaire contre les groupes armés palestiniens à Gaza.

Pour sa part, le président palestinien Mahmoud Abbas a lancé un appel aux Palestiniens à manifester pacifiquement contre « l'agression israélienne à Gaza ». Le président de l'Autorité palestinienne, qui gouverne la Cisjordanie, mais non la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas, a aussi appelé à une réunion d'urgence de l'instance dirigeante provisoire de l'Organisation de libération de la Palestine, qui associe comprend le Hamas et le Jihad islamique.

Des immeubles occupés par des médias frappés

Deux immeubles de la bande de Gaza occupés par des médias ont été pilonnés par la marine israélienne dimanche. Au moins huit journalistes ont été blessés, selon des sources médicales palestiniennes.

La chaîne publique russe Russia Today a annoncé dimanche que son bureau à Gaza en langue arabe avait été détruit dans la nuit. Le bâtiment de 11 étages qui arbitrait l'antenne russe était aussi le lieu de travail des journalistes de la chaîne anglaise Sky News.

Les bureaux d'une chaîne de télévision italienne et d'une chaîne allemande étaient également hébergés dans ces centres médias, ainsi que la chaîne de télévision du Hamas Al-Aqsa TV, et ceux de la chaîne libanaise Al Quds TV, réputée indulgente avec les islamistes.

L'armée israélienne affirme que les immeubles ciblés abritent le centre de communications du Hamas. L'opération visait une antenne de communication située sur le toit de l'une des deux tours, précise encore l'armée.

« Adoptez un comportement responsable en restant à l'écart des sites terroristes du Hamas », conseille dimanche l'armée israélienne aux journalistes internationaux sur son fil Twitter.

Mais comme l'explique le correspondant de Radio-Canada sur place, Jean-François Bélanger, les sites civils et militaires ne sont pas dissociés dans la bande de Gaza.

« C'est difficile de cibler des cibles militaires, ici, à Gaza, dans la mesure où tout est un peu mélangé. » — Jean-François Bélanger

Trêve recherchée

Sur le front diplomatique, le président égyptien Mohamed Morsi, qui avait évoqué samedi des contacts avec les deux camps pour un possible cessez-le-feu, a discuté dimanche avec les dirigeants des deux principaux mouvements de la bande de Gaza, le chef en exil du Hamas Khaled Mechaal et le chef du Djihad islamique Abdallah Challah, « des efforts égyptiens pour mettre un terme à l'agression », selon un communiqué de la présidence au Caire.

Un proche de Méchaal, Izzat Richek, aurait dit que le Hamas accepterait un cessez-le-feu « si Israël met fin à son agression et à sa politique d'assassinats ciblés et lève le blocus de Gaza ».

Du côté israélien, Silvan Shalom, l'un des vice-premiers ministres du premier ministre Nétanyahou, a affirmé à la radio: « Il y a des contacts mais ils sont actuellement loin d'être finis. »

Moshe Yaalon, autre adjoint du chef du gouvernement, a écrit sur Twitter la liste des conditions israéliennes à un cessez-le-feu: « Si le calme prévaut dans le Sud, si le peuple israélien n'est la cible d'aucun tir de missile ou de roquette, ni d'attentat terroriste préparé dans la bande de Gaza, nous n'attaquerons pas. »

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, se rendra pour sa part mardi à Gaza à la tête d'une délégation ministérielle.

Cinq jours de frappes

Les affrontements entre le Hamas et Israël s'intensifient chaque jour depuis mercredi. L'armée israélienne a détruit le siège du gouvernement et abattu le chef militaire du Hamas, Ahmad Jaabari. L'organisation islamiste a répondu par de nombreux tirs de roquettes, sur les villes de Jérusalem et Tel-Aviv notamment, démontrant ainsi qu'elle peut frapper sur de longues distances.

Israël a déclaré samedi que 20 000 réservistes de l'armée avaient rejoint leurs unités dans les dernières heures. Vendredi, le gouvernement israélien a autorisé la mobilisation de 75 000 réservistes de l'armée, ce qui suggère qu'Israël pourrait envoyer des troupes à l'assaut de la bande de Gaza.

Depuis mercredi, 75 Palestiniens et 3 Israéliens ont été tués dans les violences.

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