Le Conseil de sécurité des Nations Unies condamne « dans les termes les plus fermes » les tirs d'obus effectués par les forces syriennes contre un village turc. Les 15 pays membres du Conseil ont appelé les deux pays voisins « à la retenue ».
L'intervention jeudi du Conseil de sécurité survient au lendemain de tirs d'obus qui ont coûté la vie à cinq civils dans le village turc frontalier d'Akçakale. Le Parlement turc a d'ailleurs autorisé l'armée à conduire des opérations en Syrie « si nécessaire ». Réunie en session spéciale à huis clos, l'Assemblée nationale turque a adopté la motion avec l'appui de 320 députés contre 129.
Le feu vert ainsi accordé aux militaires turcs par leur gouvernement ne constitue cependant pas un mandat pour mener une guerre contre la Syrie, mais revêt plutôt un caractère « dissuasif », a indiqué le vice-premier ministre turc, Besir Atalay.
La motion permet au gouvernement turc d'ordonner des opérations militaires en sol syrien pour une période d'un an. « Les activités hostiles visant le territoire turc sont sur le point de devenir une attaque militaire (...) et, de ce fait, sont de caractère à menacer notre sécurité nationale », lit-on dans le texte de la motion.
Manifestation contre la guerre
La riposte armée de la Turquie contre la Syrie et l'autorisation donnée à l'armée de mener des opérations en sol syrien a provoqué des manifestations à Istanbul. Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées pour dénoncer les actions du gouvernement.
« L'AKP [parti au pouvoir en Turquie] veut la guerre, le peuple veut la paix », scandaient les manifestants en passant devant les cordons de police. « Non à la guerre, la paix maintenant! », un sondage mené sur Internet par le journal Hurriyet démontre que 60 % des Turcs sont opposés à la guerre.
Excuses syriennes
Entre-temps, la Syrie a présenté ses excuses à la Turquie pour l'incident à l'origine de l'escalade des derniers jours entre les deux voisins. « La partie syrienne admet ce qu'elle a fait et s'excuse, a souligné le vice-premier ministre turc, M. Atalay. Elle assure qu'un tel incident ne se répétera pas. »
Damas se rend ainsi aux conseils de son allié, la Russie, qui lui suggérait de reconnaître le caractère accidentel des tirs.
« Nous avons parlé aux autorités syriennes qui nous ont assuré [...] que ce qui s'est produit à la frontière avec la Turquie était un tragique accident et que cela ne se reproduirait pas », avait d'ailleurs déclaré, mercredi, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, lors d'une visite à Islamabad.
Appels au calme unanimes
La déclaration du Conseil de sécurité de l'ONU fait écho aux appels à la retenue de l'OTAN, des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni et d'Allemagne.
Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a, pour sa part, estimé que les tirs syriens constituaient « une menace sérieuse à la paix et à la sécurité internationales ».
Le chef de la diplomatie égyptienne, Mohamed Kamal Amr, a « appelé le gouvernement syrien à ne pas violer les frontières des pays voisins, avertissant contre les nombreux dangers pour l'ensemble de la région ».
« Les deux parties doivent tenir compte des extrémistes armés et des groupes terroristes dans la région (...) La sécurité de la région repose sur le renforcement du contrôle aux frontières de la Syrie », a dit enfin le ministre adjoint iranien des Affaires étrangères chargé des affaires arabes, Hossein Amir Adbolahian.
Le département d'État américain a qualifié toutefois la réplique turque aux tirs de mortiers syriens « d'appropriée et proportionnée » afin de prévenir de futures violations de son territoire par la Syrie.
L'OTAN saisie de l'affaire
La Turquie a pris l'attaque de mercredi très au sérieux, en réclamant une réunion d'urgence des membres de l'OTAN.
« L'organisation continue à soutenir la Turquie et demande l'arrêt immédiat de ce type d'actes agressifs contre un allié de l'OTAN », a déclaré l'Alliance atlantique, tout en appelant le régime de Bachar Al-Assad à « mettre un terme aux violations flagrantes des règles internationales ».
Des tirs d'obus syriens ont frappé mercredi le village d'Akçakale, dans le sud-est de la Turquie. Les tirs ont tué cinq personnes, deux femmes et trois enfants.
La Turquie a répliqué contre des cibles syriennes pour une deuxième journée consécutive jeudi.
Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), la riposte turque, a tué « trois soldats syriens ».
Selon la télévision turque NTV, la Syrie a annoncé l'ouverture d'une enquête sur l'origine d'un tir d'obus transfrontalier contre son voisin, et présenté « ses sincères condoléances » aux familles des victimes civiles.