10 000 Syriens entassés à la frontière turque

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Une fillette syrienne, qui a fui Marea avec sa famille, attend dans un refuge au poste frontalier Bab Al-Salameh. (29 août 2012) Une fillette syrienne, qui a fui Marea avec sa famille, attend dans un refuge au poste frontalier Bab Al-Salameh. (29 août 2012)  Photo :  PC/Muhammed Muheisen

Pendnant que les violences meurtrières se poursuivent dans la région d'Alep et de Damas, quelque 10 000 réfugiés syriens s'entassent à la frontière de la Turquie, espérant échapper aux violences, selon des militants antirégime.

Les opposants estiment que l'affluence pourrait augmenter en raison des frappes de l'armée syrienne sur une localité à proximité du poste frontalier de Bab al-Salameh. Un avion de chasse a bombardé Azaz lundi matin, à 3 km de la frontière, poussant ses habitants qui étaient restés à plier bagage.

La moitié d'entre eux étaient déjà partis, la localité supposément contrôlée par les insurgés essuyant régulièrement la nuit des tirs d'artillerie en provenance d'un aérodrome militaire.

« Nous n'avons pas arrêté de prendre les Syriens, mais les opérations sont ralenties en raison d'inquiétudes quant à la sécurité », a admis un responsable de l'agence turque responsable des situations d'urgence (AFAD) ayant requis l'anonymat. « Nous essayons de distribuer de l'aide à ceux qui sont de l'autre côté de la frontière. Samedi, ils étaient environ 7000 à 8000 », a-t-il précisé.

La Turquie accueille déjà au-delà de 80 000 Syriens qui se sont enfuis depuis le début de la révolte contre le régime de Bachar Al-Assad, en mars 2011. Ce nombre pourrait un jour atteindre les 200 000, selon le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

D'après les militants anti-Assad, l'engorgement à la frontière syro-turque rebute les Syriens en danger à Alep et ailleurs qui voudraient quitter le pays.

Des milliers de Syriens ont trouvé ou tenté de trouver refuge en Turquie, en Jordanie et en Irak, comme l'illustre notre album photos:

Le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) Peter Maurer était en route lundi pour la Syrie, où il doit rencontrer le président Bachar Al-Assad.

Les discussions porteront essentiellement sur la situation humanitaire et sur les difficultés rencontrées par le CICR et le Croissant-Rouge arabe syrien pour secourir les personnes touchées par les violences.

Violences meurtrières à Alep et à Al-Bab

Le bureau du CICR à Genève a fait état de 138 morts, dont 78 civils à travers le pays pour la seule journée de lundi.

Une série de frappes aériennes a d'ailleurs secoué la région d'Alep, faisant 32 morts.

Dans la métropole que les troupes syriennes et les rebelles se disputent depuis six semaines, une journaliste de l'AFP a constaté que 10 corps - ceux d'un homme, d'une femme et de huit enfants - ont été transportés dans un hôpital. Selon un voisin, ces membres d'une même famille sont morts dans un bombardement qui a détruit leur maison.

Peu après, les 10 dépouilles et quatre autres corps ont été transportés vers un cimetière dans l'est de la ville et enterrés rapidement, sans cérémonie.

Un autre bombardement a fait 18 morts à Al-Bab, une ville à 30 km d'Alep qui sert de base arrière aux insurgés, a annoncé l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), un organisme militant basé à Londres. Les 10 hommes, les 6 femmes et les 2 enfants avaient trouvé refuge dans un immeuble.

Des médecins sur place avaient plus tôt annoncé à une journaliste de l'AFP un bilan d'au moins 9 morts et 17 blessés, soulignant que deux autres familles manquaient à l'appel.

Selon des habitants, un avion de combat a largué des bombes sur des boutiques et deux maisons, vers 6 h du matin.

De son côté, l'agence d'État syrienne rapporte que les « courageuses forces armées ont continué à pourchasser les terroristes, qui ont subi de lourdes pertes » dans la province d'Alep.

Elles ont saisi de grandes quantités d'armes et de munitions et ont « détruit des camionnettes équipées d'armes lourdes à Kafr al-Hamra, à l'entrée nord d'Alep », poursuit l'agence.

Attentat en banlieue de Damas

Dans la région de Damas, un attentat meurtrier a frappé lundi une banlieue favorable au régime, faisant 5 morts et 27 blessés, selon l'OSDH.

L'agence officielle syrienne SANA rapporte qu'« une bombe collée à une voiture par un groupe terroriste a explosé dans le quartier Al-Wahda dans la ville de Jeramana, blessant des femmes et des enfants ». Des vitrines ont été soufflées et un balcon s'est effondré, a constaté un photographe de l'AFP.

Le 28 août, 27 personnes avaient trouvé la mort à Jamara dans une attaque semblable qui ciblait des obsèques de partisans du régime.

Un bilan provisoire de l'OSDH indique que les violences ont fait au moins 52 morts à travers le pays lundi, et 132 dimanche. Selon l'organisme militant, le mois d'août a été le plus meurtrier depuis le début du soulèvement, avec environ 5000 personnes tuées.

Une mission « quasi impossible », selon Lakhdar Ibrahimi

Le nouvel émissaire international en Syrie, Lakhdar Ibrahimi, qui a succédé à Kofi Annan à la fin du mois dernier, reconnaît qu'il est investi d'une mission difficile.

Dans une entrevue à la BBC, le diplomate algérien attendu « bientôt » à Damas se dit effrayé par le poids des responsabilités qui pèsent sur ses épaules, ajoutant que les tentatives diplomatiques qui visent à mettre un terme aux combats en Syrie sont insuffisantes.

« Je sais combien cela est difficile, combien cela est quasi impossible - je ne peux pas dire impossible -, quasi impossible. Et nous ne faisons pas grand-chose, ce qui en soi pèse d'un poids terrible », a déclaré le médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe.

Kofi Annan a démissionné au début d'août après avoir constaté l'échec de ses cinq mois d'efforts pour régler le conflit en Syrie. La trêve qui devait entrer en vigueur le 12 avril dans le cadre de son plan de paix n'a jamais tenu. M. Annan a notamment dénoncé la division de la communauté internationale à propos du dossier syrien.

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