Tuerie en Afrique du Sud : la police invoque la légitime défense

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Le récit de Frédéric Nicoloff

La police a invoqué la légitime défense pour justifier qu'elle ait ouvert le feu contre des mineurs grévistes armés à Marikana. Trente-quatre personnes ont été tuées, 78 blessées et 259 arrêtées jeudi, selon le bilan officiel de la police. Des mineurs, de leur côté, crient à l'apartheid.

Les violences ont commencé vendredi dernier lorsque des centaines de mineurs ont entamé une grève dans cette mine du nord-ouest du pays, la troisième en importance dans le monde. Des affrontements ont alors éclaté entre des partisans de deux syndicats rivaux, faisant 10 morts.

Jeudi matin, plusieurs centaines d'hommes armés de gourdins, de barres de fer et de machettes s'étaient regroupés à l'extérieur de la mine réclamant d'importantes augmentations de salaire.

La mine de platine de Marikana, située à 100 km au nord-est de Johannesburg, est exploitée par la société Lonmin, basée à Londres. La direction de la mine a ordonné de reprendre le travail, menaçant de congédier les récalcitrants, mais les mineurs auraient refusé de se disperser.

Après avoir utilisé des gaz lacrymogènes, les policiers auraient finalement utilisé de vraies balles.

Légitime défense ou méthodes dignes de l'apartheid?

Les policiers qui ont tiré sur la foule de mineurs ont agi en état de légitime défense, a déclaré vendredi Riah Phiyega, chef de la police nationale en conférence de presse. « La police a commencé par utiliser le minimum de force » avant d'avoir recours aux tirs, selon Mme Phiyega.

Elle a appuyé ses dires avec des vidéos montrant les forces de l'ordre en train de négocier avec les manifestants, puis utilisant divers moyens pour tenter de les disperser. « Nous ne sommes pas ici pour vous arrêter, notre seul problème ce sont les armes », supplie un policier dans la vidéo.

« Le groupe des grévistes a chargé en direction de la police, tirant des coups de feu et brandissant des armes dangereuses. Les policiers se sont repliés et ont été forcés d'utiliser la force maximum pour protéger leur vie. » — Riah Phiyega, chef de la police nationale

Des images tournées avant l'affrontement les montrent brandissant des machettes et des lances, mais les mineurs nient avoir porté des armes à feu. Ils nient aussi avoir chargé les premiers, contredisant ainsi les affirmations de la police.

De plus, Reuters TV a tourné des images montrant les forces de l'ordre tirant à l'arme automatique sur un petit groupe d'hommes vêtus de couvertures et de t-shirts. Selon l'agence Reuters, les policiers étaient lourdement armés et appuyés de véhicules blindés.

Le président de Lonmin, Roger Phillimore, a implicitement rejeté la responsabilité des affrontements meurtriers sur les forces de l'ordre. « La police sud-africaine était chargée de l'ordre et de la sécurité sur le terrain depuis le début des violences entre syndicats rivaux ce week-end », note M. Phillimore.

La fusillade de jeudi serait l'opération policière la plus meurtrière depuis la fin de l'apartheid en Afrique du Sud, en 1994. La presse sud-africaine a évoqué un « bain de sang » ou « massacre » digne des heures les plus sombres de l'apartheid.

Le président Zuma annonce la création d'une commission d'enquêteSigne de la gravité de la situation, le président sud-africain Jacob Zuma a annoncé vendredi la création d'une commission d'enquête pour faire la lumière sur la fusillade de Marikana.

« Nous devons faire éclater la vérité sur ce qui s'est passé ici, c'est pourquoi j'ai décidé d'instaurer une commission d'enquête pour découvrir les causes réelles de cet incident », a déclaré le chef de l'État, qui a dû interrompre un voyage au Mozambique.

« Ces événements ne sont pas ce que nous souhaitons voir (...) dans une démocratie qui respecte l'État de droit, et où nous sommes en train de créer une vie meilleure pour tous », ajouté Jacob Zuma.
Policiers lors de la manifestation, à Marikana, le 16 août 2012 Policiers lors de la manifestation, à Marikana  Photo :  AFP/STRINGER

Conflit social

Une centaine de femmes se sont réunies vendredi matin pour danser et chanter des hymnes de l'époque de la lutte contre l'apartheid, à quelques centaines de mètres du lieu de la fusillade.

Les familles des mineurs, dont beaucoup sont illettrés, vivent dans la puanteur des latrines, dans des baraquements de taule et de bois.

« Nous n'avons pas de quoi acheter de la nourriture. Les gens qui travaillent à Lonmin ne peuvent pas envoyer leurs enfants à l'école. » — Jack Khoba, 29 ans, superviseur à la mine

Les mineurs grévistes, appartiennent à l'Association of Mineworkers and Construction Union (AMCU), un syndicat récemment formé pour faire concurrence à la National Union of Mineworkers (NUM), le syndicat national des mineurs, proche du parti au pouvoir.

Les mineurs de la mine de Lonmin à Marikana sont payés de 4000 à 5000 rands par mois, ce qui équivaut à un salaire mensuel de 450 à 600 dollars canadiens par mois. Ils réclament le triple de leur salaire actuel.

« De nos jours, on ne peut pas agir comme un guerrier zoulou dans un conflit social », estime l'animateur de radio John Robbie, dénonçant l'attitude belliqueuse des syndicats en question.

Les mines de la société Lonmin contiennent 12 % de la production mondiale de platine.

L'Afrique du Sud recèle 80 % des réserves mondiales de platine.

Suite à la baisse du prix des métaux précieux cette année et à une augmentation des coûts du travail et de l'énergie, plusieurs sites miniers se trouvent en difficulté en Afrique du Sud.
Les victimes d'un affrontement entre mineurs et policiers à Marikana en Afique du Sud.  Photo :  AFP/STRINGER

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