Les forces du président syrien Bachar Al-Assad et leurs alliés des milices chabbiha ont commis des crimes contre l'humanité, selon un rapport de la Commission d'enquête de l'ONU, déposé mercredi à Genève. Les forces rebelles auraient elles aussi commis des crimes de guerre, mais à moindre échelle.
Les conclusions du rapport de 102 pages laissent croire que le conflit échappe de plus en plus à tout contrôle en Syrie.
La Commission parle de « crimes contre l'humanité de meurtre et torture, crimes de guerre et violations flagrantes des droits de l'homme et des lois humanitaires » de la part des forces gouvernementales et des chabbiha.
Le rapport dénonce des « meurtres illégaux, des attaques indiscriminées contre les populations civiles et des actes de violence sexuelle ».
« Ces violations ont été commises dans le cadre de la politique de l'État, ce qui indique l'implication des plus hauts niveaux des forces armées et de sécurité et du gouvernement », lit-on dans le document.
La Syrie mise au ban du monde musulman
Pendant ce temps, les dirigeants du monde musulman, réunis en sommet extraordinaire à La Mecque, en Arabie saoudite, ont suspendu la Syrie de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), une décision déjà prise par la Ligue arabe à la fin 2011.
Le seul pays à avoir ouvertement exprimé son opposition à une suspension de la Syrie de l'OCI a été l'Iran, qui a également estimé que ce genre de mesure n'était pas efficace.
En suspendant la Syrie, les 56 autres membres de l'OCI ont choisi de faire davantage pression sur le régime de Bachar Al-Assad et ont insisté sur « la nécessité de mettre fin immédiatement aux actes de violence » au pays.
« C'est aussi un message adressé à la communauté internationale, disant que le monde musulman soutient une solution pacifique (en Syrie), veut la fin de l'effusion de sang et refuse que ce problème dégénère en conflit confessionnel et déborde » sur la région, a expliqué le secrétaire général de l'OCI, Ekmeleddin Ihsanoglu.
Des pompiers tentent de contrôler la situation après l'explosion d'une bombe à Damas.
Photo : AFP/HO
Tirs autour du bureau du PM, explosion près de l'hôtel de l'ONU
Sur le terrain, l'armée syrienne et les rebelles auraient échangé des tirs autour du bureau du premier ministre, à Damas mercredi.
L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), basé à Londres, rapporte que les échanges de tirs ont eu lieu dans le quartier de Mazzé, derrière le bâtiment abritant les bureaux du premier ministre et près d'un nouveau bâtiment en construction de l'ambassade de l'Iran.
On ignore si le premier ministre Wael Nader al-Halqi se trouvait sur place.
L'OSDH a fait état également d'un raid de l'armée de l'air syrienne, qui aurait tué plus de 20 personnes et blessé 200 autres mercredi dans la localité rebelle d'Azaz, dans le nord de la Syrie, près de la frontière avec la Turquie.
Explosion à Damas
Plus tôt, les rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL) ont revendiqué l'explosion d'une bombe survenue mercredi matin près de l'hôtel où séjournent les membres de la mission d'observation de l'ONU au centre de la capitale Damas, faisant cinq blessés.
L'attentat visait une réunion de militaires dans un bureau de l'état-major, a indiqué le chef du bureau de coordination du commandement de l'ASL, Maher al-Nouaïmi.
L'opération « a été planifiée par des experts pour que deux explosions aient lieu à 8 h 05 (5 h 05 GMT mercredi) durant la réunion d'officiers et sous-officiers de l'armée et des chabbiha [miliciens prorégime] où sont décidées les opérations du jour à Damas », a-t-il affirmé à l'AFP.
« Cette opération vise à remonter le moral de l'ASL et à dire [au président] Bachar Al-Assad et à son commandement que nous pouvons mener des opérations bien étudiées, car nous connaissons ce qui se passe dans leurs rangs », a-t-il ajouté, précisant que « 150 personnes participaient à cette réunion, dont 10 officiers chargés de réprimer les manifestations à Damas ».
La télévision d'État syrienne a pour sa part déclaré qu'un « engin explosif collé à une citerne de mazout a explosé près de l'hôtel Dama Rose, faisant selon les premières informations trois blessés ».
Des voitures ont pris feu à la suite de l'explosion, et des véhicules de la mission de l'ONU étaient visibles sur les lieux. L'explosion a légèrement endommagé l'hôtel et des fenêtres ont été brisées, mais aucun des blessés n'appartiendrait à l'ONU.
L'attentat survient au lendemain de la déclaration de l'ancien premier ministre syrien Riad Hijab, selon laquelle le régime de Bachar Al-Assad s'effondrait et ne contrôlait plus que 30 % du territoire.
Ailleurs dans la capitale, les forces du régime ont lancé mercredi un assaut sur plusieurs quartiers rebelles, a rapporté l'OSDH.
À Alep, poumon économique du pays, des hélicoptères de l'armée syrienne bombardaient plusieurs quartiers, notamment celui de Salaheddine, un bastion rebelle dont le régime a dit avoir repris le contrôle.