Le monde arabe en mutation

Le régime d'Assad ne contrôle que 30 % de la Syrie, selon l'ex-premier ministre

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Notre correspondant Luc Chartrand fait le point sur le conflit en Syrie

L'ancien premier ministre syrien Riad Hijab a affirmé lors d'une conférence de presse à Amman, la capitale jordanienne, que le régime de Bachar Al-Assad s'effondrait et ne contrôlait que 30 % du territoire.

M. Hijab s'exprimait pour la première fois publiquement après avoir fait défection au début du mois.

« Ah, révolutionnaires dévoués, votre révolution est devenue un modèle d'effort et de sacrifice pour la liberté et la dignité », a-t-il dit.

Il a assuré que le régime syrien s'écroulait « dans l'esprit comme dans ses finances ».

Riad Hijab fait partie de la communauté sunnite. Même s'il ne faisait pas partie du noyau du régime, il en connaissait les rouages, notamment en tant que responsable du parti Baas.

« Il est mon devoir de me laver les mains de ce régime corrompu », a-t-il déclaré.

Les habitants d'Alep ont faim

Les habitants qui n'ont pas réussi à fuir Alep, théâtre de combats entre forces du régime et la rébellion, font face désormais à la faim.

Les résidents ont de plus en plus de mal à se nourrir en raison de la flambée et de la rareté des denrées alimentaires.

Un médecin d'un hôpital de fortune a indiqué à Reuters que des gens venaient à cet hôpital pour chercher de la nourriture et non pour se soigner.

Des habitants de la ville affirment que le prix du pain a été multiplié par cinq et l'huile de cuisson coûte trois fois plus cher qu'avant.

Selon Faouzi Zakri, membre du Conseil national syrien (CNS), principal groupe de l'opposition syrienne, en visite à Alep, la « crise humanitaire a déjà commencé » à Alep.

Les magasins d'État qui vendent des denrées de base subventionnées ont fermé leurs portes depuis l'arrivée des rebelles dans la ville. Conséquence : les prix du sucre, du riz et de la farine ont explosé.

Une étrange entrevue

Le journal saoudien El-Watan a publié dans son édition de mardi le contenu d'une entrevue téléphonique avec le vice-ministre ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov, dans laquelle il affirme que le président Bachar Al-Assad était prêt à quitter le pouvoir.

M. Bogdanov a également révélé que Maher Al-Assad, le frère du président syrien et chef d'une troupe d'élite de l'armée, a eu les jambes arrachées lors de l'attentat qui a visé le siège de la sécurité à Damas.

Dans la même journée, Moscou a démenti l'existence même de cette entrevue, mais le démenti est venu d'une source anonyme du ministère russe des Affaires étrangères. Cette source a affirmé que le vice-ministre des Affaires étrangères n'a jamais accordé d'entrevue au journal saoudien.

L'Arabie saoudite veut suspendre la Syrie de l'OCI

Des rois et des dirigeants des pays islamiques veulent suspendre la Syrie de l'Organisation de la conférence islamique (OCI).

Les membres de l'OCI qui se rencontrent dans la soirée de mardi à La Mecque, en Arabie saoudite, entendent ainsi faire davantage pression sur le régime syrien.

Lors de la réunion préparatoire lundi soir, les ministres des Affaires étrangères avaient recommandé la suspension de Damas. Cependant, cette initiative de l'Arabie saoudite n'aura pas l'aval de l'Iran, allié de la Syrie.

« Je suis ouvertement contre la suspension de n'importe quel pays », a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, en ajoutant que « suspendre un pays ne signifie pas aller vers un règlement du problème. En agissant ainsi, vous voulez éluder la question ».

L'Algérie également ne semble pas enthousiaste à cette idée.

Notons qu'il n'y aura pas de délégué syrien à cette rencontre, qui réunit 56 (sur 57) pays.

En revanche, les États-Unis ont dépêché un représentant en la personne de Rashad Hussain pour suivre les travaux.

La Syrie a été suspendue en décembre 2012 de la Ligue arabe. Sur 22 membres de la Ligue, 18 avaient voté en faveur de la suspension de Damas.