Le président égyptien Mohamed Morsi, entouré du maréchal Hussein Tantaoui (gauche) et de Sami Anan (droite), le chef d'État-major de l'armée, le 9 juillet au Caire
Photo : AFP/HO
Le nouveau président égyptien réorganise la pyramide du pouvoir. Mohamed Morsi a mis dimanche à la retraite son ministre de la Défense, le maréchal Hussein Tantaoui, ainsi que le chef d'État-major de l'armée, Sami Anan.
Le président Morsi a aussi nommé le juge Mahmoud Mekki au poste de vice-président. Le frère du magistrat n'est autre que le nouveau ministre de la Justice, Ahmed Mekky, qui avait dénoncé les fraudes électorales sous Moubarak.
Le juge Mekki est seulement le deuxième vice-président égyptien depuis 30 ans. Hosni Moubarak, qui était le vice-président d'Anouar al-Sadate au moment de l'assassinat de ce dernier, en 1981, n'avait jamais pourvu le poste jusqu'à la révolte de 2011. Il avait alors nommé vice-président son chef des renseignements, Omar Souleimane.
Reprise en main du pouvoir
Mohamed Morsi a également annulé la disposition qui conférait de larges pouvoirs aux militaires et rognait ses propres prérogatives.
« Le président a décidé d'annuler la déclaration constitutionnelle adoptée le 17 juin » par le Conseil suprême des forces armées, qui dirigeait à l'époque le pays, et dans laquelle il s'arrogeait notamment le pouvoir législatif, a expliqué le porte-parole de la présidence Yasser Ali.
« Vu les circonstances, c'est le bon moment pour effectuer des changements dans l'institution militaire », a commenté Mourad Ali, un haut responsable du Parti de la Liberté et de la Justice (PLJ), la formation politique de Mohamed Morsi, proche de la mouvance des Frères musulmans. « C'est un président fort, et il exerce son autorité », a-t-il ajouté.
Un nouveau ministre de la Défense a été nommé en remplacement d'Hussein Tantaoui. Il s'agit d'Abdel-Fattah El-Sissi.
Des milliers d'Égyptiens sont réunis place Tahrir, au Caire, pour saluer la décision du président Mohamed Morsi de mettre à la retraite son ministre de la Défense et le chef d'État-major de l'armée
Après ces décisions, le président Morsi s'est défendu lors d'un discours de vouloir « marginaliser » l'armée. « Je ne leur veux que leur bien », a-t-il déclaré en s'adressant aux forces armées. « Je veux qu'ils se consacrent à une mission, la protection de la nation. »
« Je n'ai jamais eu l'intention, par mes décisions, de marginaliser quiconque [...], mais de faire en sorte que nous avancions vers un avenir meilleur, avec une nouvelle génération, un sang neuf longtemps attendu », a-t-il poursuivi.
Le maréchal Tantaoui, homme clé du pouvoir égyptien, a conduit la transition après la chute, en février 2011, du président Hosni Moubarak. Il devient conseiller auprès du chef de l'État.
Le général Mohamed Al Assar, qui a été promu vice-ministre de la Défense, a expliqué que la décision du président Morsi de mettre le maréchal Hussein Tantaoui à la retraite avait été prise après des consultations avec l'ancien homme fort du Caire et le Conseil suprême des forces armées (CSFA) qu'il présidait.
Toutes ces mesures devraient desserrer l'emprise traditionnelle des généraux sur le nouveau chef de l'État égyptien, qui est issu des rangs civils pour la première fois depuis six décennies.
Des milliers de personnes se sont réunies dimanche soir place Tahrir, au Caire, lieu emblématique de la révolte égyptienne, pour saluer la décision du président Mohamed Morsi.