La crise humanitaire s'aggrave en Syrie

  |  Radio-Canada avec Associated Press, Sipa et Agence France-Presse
Le récit de Frédéric Nicoloff

L'intensité des combats et des bombardements à Alep, en Syrie, entraîne le déplacement accru de personnes et empire la crise humanitaire. L'ONU estime qu'il y a environ 1,5 million de déplacés dans le pays, dont 200 000 qui ont quitté Alep.

Plus de 2500 Syriens auraient fui vers la Turquie dans la nuit de jeudi à vendredi, portant le nombre de réfugiés syriens dans ce pays à environ 53 000, ont annoncé les autorités turques, ajoutant que les nouveaux arrivants continuent d'affluer.

À l'intérieur de la Syrie, « de plus en plus de personnes sont forcées chaque jour de fuir leur maison à la suite de l'escalade de la violence et de chercher refuge dans des familles d'accueil, des écoles ou des abris de fortune », note Chaloka Beyani, rapporteur spécial de l'ONU dans un communiqué émis vendredi. Selon lui, les déplacés n'ont pas accès aux soins médicaux, à l'eau ou aux services de base.

En entrevue sur les ondes du Réseau de l'information, Olivier Maizoué, directeur des opérations pour la Syrie et le Liban à Médecins sans frontières (MSF), a affirmé vendredi qu'il est impossible pour les organisations humanitaires de se rendre sur le terrain.

Malgré des démarches entreprises auprès des autorités syriennes, Damas refuserait toujours à MSF l'accès à l'intérieur du territoire pour apporter une aide médicale et humanitaire.

« On a mis en place des contacts avec des réseaux de médecins auxquels on fait parvenir des équipements médicaux, des médicaments, mais c'est certainement bien insuffisant par rapport à ce qui est nécessaire » a-t-il indiqué.

Selon M. Maizoué, le conflit a amené des difficultés économiques en Syrie, et les populations ont de plus en plus de mal à se procurer des biens de première nécessité.

Pour la première fois depuis les violents combats qui opposent l'armée aux insurgés à Alep, un convoi du Comité international de la Croix-Rouge est parvenu jeudi à acheminer des denrées et des médicaments dans la ville.

Sur le plan diplomatique

L'ancien ministre algérien des Affaires étrangères Lakhdar Brahimi, pressenti pour succéder à Kofi Annan comme médiateur en Syrie, a réclamé une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies.

« Le Conseil de sécurité de l'ONU et les États de la région doivent s'unir pour permettre une transition politique dès que possible », a-t-il indiqué.

Lakhdar Brahimi a occupé plusieurs fonctions de haut niveau au sein des Nations unies. En plus d'avoir été émissaire spécial en Irak et en Afghanistan, il est membre des « sages », un groupe de dirigeants qui travaillent pour la paix.

De son côté, Washington devrait annoncer de nouvelles sanctions contre le régime de Bachar Al-Assad, a déclaré un responsable du département d'État. Les pressions économiques « vont se renforcer avec des sanctions additionnelles [contre] à la fois des institutions syriennes ou sur ceux qui soutiennent l'action du régime syrien pour opprimer son propre peuple » a-t-il ajouté.

Barack Obama a aussi donné son accord à l'octroi de 12 millions de dollars d'aide humanitaire supplémentaire en eau, en nourriture et en matériel médical notamment, pour venir en aide aux Syriens.

La Grande-Bretagne, pour sa part, va fournir une aide supplémentaire de 7,7 millions de dollars à l'insurrection syrienne, a annoncé le ministre britannique des Affaires étrangères. Il a toutefois précisé que Londres n'enverra pas d'armes, mais des équipements de communication, dont des téléphones par satellite, des groupes électrogènes et des équipements médicaux.

Jeudi, l'Iran, important allié de Damas, a été l'hôte d'une réunion sur la situation en Syrie. Vingt-neuf pays ont pris part à cette rencontre, dont la Russie et la Chine, deux autres soutiens du régime syrien.

Téhéran, Moscou et Pékin ont prôné le dialogue entre le régime et ses opposants, mais ont également accusé les pays occidentaux qui réclament le départ de Bachar Al-Assad d'ingérence dans les affaires syriennes.

Violents combats à Alep

Sur le terrain, les combats entre l'armée syrienne et les rebelles se poursuivent à Alep et autour de la capitale Damas, selon différentes sources. Plusieurs quartiers rebelles d'Alep seraient également pilonnés par l'armée syrienne.

Selon le témoignage d'habitants cités par l'Observatoire syrien des droits de l'homme, malgré le manque de munitions, les insurgés tenteraient de repousser une offensive des forces syriennes à Alep. Des habitants auraient également entendu de fortes explosions provenant de bombardements en périphérie de la ville.

Par ailleurs, des accrochages auraient eu lieu vendredi dans certaines parties du quartier de Salaheddine à Alep. D'après un chef rebelle, les insurgés avaient effectué la veille un « retrait tactique » en raison d'un intense bombardement par les forces syriennes.

La violence qui sévit dans le pays aurait fait jeudi 191 morts, dont 107 civils, 45 rebelles et 39 soldats. À Alep seulement, 27 personnes ont perdu la vie.

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