Un membre de l'Armée syrienne libre (ASL) devant le poste frontalier de Bab al-Salam, près de la Turquie, le 22 juillet 2012.
Photo : AFP/ADEM ALTAN
Pendant que les combats s'intensifient à Alep, la Turquie a annoncé mercredi la fermeture partielle de ses postes frontaliers avec la Syrie en raison de la dégradation de la sécurité, coupant ainsi une route de ravitaillement importante pour le régime de Damas.
« Le passage de nos poids lourds vers la Syrie est fermé », a déclaré le ministre de l'Économie, Zafer Caglayan, précisant que l'entrée des véhicules syriens en Turquie ou le passage de camions venant de l'étranger restaient autorisés. « Nous avons pris cette décision pour assurer la sécurité de nos camionneurs », a-t-il ajouté.
Les ressortissants turcs ne seront plus autorisés à franchir la frontière pour se rendre en Syrie, mais pourront toujours le faire dans le sens contraire. Quant aux étrangers, ils devront signer un document les informant des dangers qu'ils encourent s'ils souhaitent se rendre en Syrie.
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCNUR) dit avoir reçu l'assurance des autorités turques que la frontière resterait également ouverte pour les Syriens qui souhaitent fuir les violences qui secouent le pays depuis 16 mois.
La réouverture de la frontière turco-syrienne « dépendra des développements sur le terrain », a indiqué le ministre turc des Douanes et du Commerce, Hayati Yazici.
Cette décision survient une semaine après que les rebelles syriens eurent affirmé avoir pris le contrôle de trois postes frontaliers du côté syrien (Bab al-Salam, Bab al-Haoua et Djarablous), qui constituent les principaux points de passage entre les deux pays. Des dizaines de camions turcs qui tentaient d'entrer en Syrie avaient alors été pillés ou brûlés.
Les tensions sont vives entre Ankara et Damas, particulièrement depuis qu'un avion turc a été abattu par les forces syriennes. On estime à 43 000 le nombre de réfugiés syriens qui se trouveraient en sol turc à l'heure actuelle.
Israël parle d'une ligne rouge à ne pas franchir
Parallèlement, les autorités israéliennes ont averti mercredi qu'elles réagiront de façon « immédiate » et aussi « dure que possible » en cas de transfert d'armes chimiques syriennes au Hezbollah libanais.
« Si nous repérons un transfert d'armes chimiques syriennes au Hezbollah, nous agirons de la façon la plus dure possible », a déclaré le ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, à la radio publique.
Lundi, la Syrie a reconnu pour la première fois être en possession d'armes chimiques et menacé de les utiliser en cas d'« agression extérieure », tout en excluant de les employer pour mater l'insurrection. Moins de 24 heures plus tard, les rebelles syriens ont accusé le président Bachar Al-Assad d'avoir transféré des armes chimiques vers des aéroports situés près de la frontière.
Le chef d'état-major israélien, le général Benny Gantz, avait réfuté ces accusations et avait affirmé que le régime du président syrien Bachar Al-Assad « contrôlait ses stocks d'armes ». Ces « armes ne sont pas encore passées dans des mains dangereuses, mais cela ne veut pas dire que cela n'arrivera pas », avait-il toutefois ajouté.
Un rebelle syrien en position alors que les hélicoptères de l'armée survolent le ciel de la ville d'Alep, en Syrie.
Photo : AFP/BULENT KILIC
Mouvements de troupes près d'Alep
Entre-temps, l'armée syrienne a redéployé dans la nuit de mardi à mercredi plusieurs milliers de soldats vers Alep, le poumon économique du pays, qui est désormais sous le feu des combats.
Pour le sixième jour consécutif, de violents affrontements entre les forces gouvernementales et les rebelles syriens ont éclaté à l'aube dans cette deuxième ville du pays, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).
Une vingtaine de personnes, en majorité des civils, ont déjà été tuées mercredi, alors que les violences avaient fait 158 morts la veille, dont 114 civils, 31 soldats et 13 rebelles.
Des combats ont notamment éclaté dans le quartier de Boustane al-Kasr, où des hélicoptères de l'armée mitraillaient le secteur. Des échauffourées se déroulaient aussi à Al-Jamiliyé, près d'un siège du parti Baas au pouvoir.
La ville d'Al-Bab, que l'armée tente de reprendre des mains des rebelles, était également pilonnée. Ailleurs au pays, l'OSDH rapportait des combats et des morts dans la ville de Homs, dans la province d'Idlib et dans la région de Hama.
Pressions et défections
Le régime syrien continue d'enregistrer d'importantes défections au sein de son personnel diplomatique ou dans les rangs de ses forces armées.
L'ambassadrice de Syrie à Chypre, Lamia Al-Hariri, a fait défection et se trouve désormais au Qatar, selon le Conseil national syrien (CNS), la principale coalition d'opposition au président Bachar Al-Assad.
Le ministère turc des Affaires étrangères confirme que deux hauts officiers syriens, des généraux de brigade, se trouvent en Turquie depuis mardi. Cela porte à 27 le nombre de généraux syriens déserteurs présents dans ce pays voisin, où des centaines de militaires ont traversé la frontière depuis le début du soulèvement en mars 2011.
Selon des observateurs présents dans la capitale syrienne, 150 des 300 observateurs onusiens ont déjà quitté le pays.
Par ailleurs, le ministère russe des Affaires étrangères a condamné les nouvelles sanctions de l'Union européenne contre la Syrie les qualifiant de « blocus ». Ces mesures prévoient entre autres un renforcement des contrôles de l'embargo sur les armes transportées par des navires et aéronefs.