Photo : AFP/LOUAI BESHARA
Pour la deuxième journée consécutive, de violents combats ont opposé samedi les forces gouvernementales aux insurgés de l'Armée syrienne libre (ASL) à Alep.
Restée largement fidèle au président Bachar el-Assad, cette ville du nord du pays était jusque-là relativement épargnée par le conflit.
Les insurgés tentent de profiter d'une semaine de combats dans la capitale Damas, marquée par un attentat à la bombe qui a touché le coeur du régime alaouite, tuant quatre de ses hauts responsables, dont le ministre de la Défense, l'ancien général Daoud Rajha.
Les combats dans le quartier Saladin sont les premiers à toucher le centre d'Alep depuis le début du mouvement de contestation contre le régime du fils de Hafez el-Assad, en mars 2011. Plateforme commerciale, Alep, la deuxième ville en importance du pays, n'avait pas connu encore les violences régulières qui ont accablé d'autres villes du pays.
Selon un militant syrien basé dans la ville, Mohammed Saïd, des dizaines de combattants de l'ASL sont entrés à Alep depuis la campagne et affrontaient les troupes du régime de l'intérieur de la ville. « Cette nuit a été très dure, il y avait d'énormes explosions et les tirs n'ont pas cessé pendant plusieurs heures », a-t-il dit via la messagerie Skype.
Selon les Comités locaux de coordination et l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, les combats à Alep ont contraint de nombreux habitants à fuir vers des secteurs plus calmes.
Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a annoncé qu'il dépêchait le sous-secrétaire chargé des opérations de maintien de la paix, le diplomate français Hervé Ladsous, afin de rendre compte de la situation sur le terrain.
Damas et Alep sont deux bastions des élites qui ont bénéficié de liens étroits avec le pouvoir et abritent aussi des classes commerçantes et des minorités qui craignent un changement de régime. Mais depuis des mois, les insurgés ont gagné du terrain dans les villes et villages plus pauvres de la campagne autour d'Alep, se rapprochant de la frontière turque.
À Damas, un calme précaire régnait samedi, d'après des habitants et des militants syriens, mais des tirs et explosions sporadiques pouvaient être entendus. Selon un habitant, la plupart des magasins de la capitale étaient fermés samedi et il n'y avait pas beaucoup de circulation. Les autorités ont installé des barrages routiers aux portes de la ville, tentant d'éviter qu'elle ne soit gagnée par les troubles dans ses banlieues rebelles. Beaucoup d'épiceries et de marchands de légumes commencent à manquer de provision, ajoutait ce témoin. Les ordures s'entassent dans les rues de nombreux quartiers.
Des milliers de Syriens ont fui les combats dans la capitale, gagnant le Liban et l'Irak voisins. À la frontière irakienne, les insurgés syriens ont pris le contrôle d'un deuxième poste-frontière, a annoncé samedi le gouverneur de la province irakienne de Ninive. Les insurgés ont délogé samedi après-midi les autorités syriennes du poste-frontière avec la ville de Rabiya en Irak. Jeudi, ils s'étaient emparés du poste-frontière proche de la ville irakienne de Qaïm.