Chine : l'artiste dissident Ai Weiwei écope d'une amende de 2 M$

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
L'artiste chinois Ai Weiwei attend l'arrivée de son avocat devant sa demeure le 20 juillet 2012. L'artiste chinois Ai Weiwei attend l'arrivée de son avocat devant sa demeure le 20 juillet 2012.  Photo :  AFP/Ed Jones

L'artiste dissident chinois Ai Weiwei devra payer une amende de 2 millions de dollars après qu'un tribunal de Pékin eut rejeté sa demande d'appel d'un jugement qui l'avait reconnu coupable d'évasion fiscale.

« Le bureau des impôts [...] n'a accepté aucun de nos arguments », a déclaré l'un de ses avocats, Me Pu Zhiqiang, au sujet de la plainte déposée contre un redressement du fisc de 15 millions de yuans (2,1 millions de dollars) imposé à Fake Cultural Development Ltd, une entreprise créée par l'artiste, mais enregistrée au nom de sa femme.

« Je suis très déçu », a lancé Ai Weiwei à la presse à l'extérieur de son studio de Pékin. L'artiste de 55 ans a indiqué ne pas avoir été autorisé à se présenter en cour pour assister à l'annonce de la décision parce qu'il était retenu par des policiers.

« Aujourd'hui, je suis de nouveau confiné chez moi. Le PSB de Pékin (Bureau de la sécurité publique) ne m'autorise pas à aller au tribunal. Ce pays a encore prouvé au monde que la loi et la justice n'existent pas ici », a-t-il écrit sur son compte Twitter.

L'artiste avait été libéré le 22 juin 2011 après quelque 80 jours de détention et s'était vu interdire de quitter Pékin, après avoir, selon les autorités chinoises, reconnu une « évasion fiscale » massive. Cette mesure a été levée le mois dernier, même s'il ne peut toujours pas quitter la Chine faute de passeport.

Ai Weiwei est habitué à susciter la colère des autorités pour ses critiques virulentes du régime communiste. Il a par le passé accusé les dirigeants chinois d'être des « gangsters » et a qualifié le régime communiste « d'inhumain ». Pour les défenseurs des droits de la personne, les autorités chinoises ne veulent que l'isoler et lui imposer le silence.

Une installation de l'exposition « Ai Weiwei, Absent », à Taipei, Taïwan (28 octobre 2011). Une installation de l'exposition « Ai Weiwei, Absent », à Taipei, Taïwan (28 octobre 2011).  Photo :  PC/AP/Wally Santana

L'artiste polyvalent est notamment connu pour avoir participé à la conception du fameux stade des Jeux olympiques de Pékin en 2008, le nid-d'oiseau. Il est aussi un ami de Liu Xiabo, lauréat du prix Nobel de la paix pour son long combat sans violence pour les droits de l'homme fondamentaux en Chine.

Avec d'autres artistes, Ai Weiwei a fondé en 1979 le groupe d'avant-garde les Étoiles. Il est ensuite parti aux États-Unis où il a poursuivi ses études et a commencé sa carrière d'artiste conceptuel.

Ses oeuvres sont exposées dans les grandes capitales occidentales. Sa notoriété est telle que son arrestation a soulevé une vague de protestations dans le monde entier.

Il a également bénéficié d'un large mouvement de solidarité dans son pays. Plus de 30 000 Chinois se sont mobilisés pour qu'il puisse verser la garantie nécessaire pour interjeter appel dans le dossier de « l'évasion fiscale ».

Ces poursuites judiciaires n'ont pas porté atteinte à sa démarche critique envers les autorités chinoises. Selon des propos qu'il a tenus récemment, Pékin est un « cauchemar permanent », qui broie les pauvres et aliène ses habitants, les privant de leurs droits fondamentaux.

Ai Weiwei s'est engagé dans de nombreuses causes sensibles. Il a notamment enquêté sur l'effondrement d'écoles lors du séisme de 2008 dans la province du Sichuan et sur un incendie qui a fait des dizaines de victimes en novembre 2010 à Shanghai.

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