Une femme tient son petit fils dans ses bras devant une maison en ruine du village de Treimsa, en Syrie.
Photo : AFP/D. Leal Olivas
Le régime syrien de Bachar Al-Assad a démenti dimanche les affirmations de l'émissaire international pour la Syrie, Kofi Annan, selon lesquelles il aurait fait usage d'artillerie, de chars et d'hélicoptères à Treimsa, jeudi, où l'opposition a fait état du massacre de 150 personnes, voire davantage.
« Les forces gouvernementales n'ont pas utilisé d'avions, ni d'hélicoptères, ni de chars ni de pièces d'artillerie. L'arme la plus lourde utilisée a été le [lance-roquette] RPG », a déclaré dimanche le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jihad Makdessi, lors d'une conférence de presse. « Parler de recours à l'artillerie lourde est totalement infondé ».
Dans une note adressée au Conseil de sécurité de l'ONU, Kofi Annan a dénoncé l'utilisation à Treimsa « d'artillerie, de chars et d'hélicoptères », estimant qu'il s'agissait d'une violation du plan de paix officiellement accepté par Damas.
Les observateurs de l'ONU dépêchés samedi sur place ont notamment vu des flaques de sang dans des maisons, ainsi que des débris de munitions tirées (balles, obus de mortier et obus d'artillerie). L'équipe a aussi rapporté avoir vu une école brûlée et des maisons endommagées, avec des traces d'incendie dans cinq d'entre elles.
Plus tôt vendredi, le général Robert Mood, chef de la mission d'observation, a fait état d'un usage, par l'armée, d'artillerie lourde et d'hélicoptères de combat, selon les témoignages de militaires de l'ONU proche de Treimsa au moment des faits.
Les observateurs poursuivent dimanche leur mission à Treimsa.
L'opposition syrienne et une partie de la communauté internationale ont qualifié de « massacre » l'opération meurtrière dans cette localité sunnite proche de Hama, dans le centre de la Syrie.
Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), plus de 150 personnes, dont des dizaines de rebelles ont été tuées jeudi dans des bombardements et des combats. Pour les observateurs de l'ONU, le bilan est « toujours incertain ».
Ces bilans ne peuvent pas être vérifiés de source indépendante en raison des restrictions de déplacement imposées à la presse par le régime de Damas.
Les résidents du village de Treimsa entourent les véhicules des observateurs de l'ONU à leur arrivée, le 13 juillet.
Photo : AFP/D. Leal Olivas
Le régime dit avoir combattu des « groupes armés »
« La lettre de Kofi Annan a été très précipitée et n'est pas basée sur les faits », a affirmé M. Makdessi.
« Il n'y a pas eu de massacre. Ce qui s'est passé, c'était des combats avec des groupes armés qui font fi du plan de Kofi Annan pour résoudre la crise en Syrie », a-t-il ajouté.
« Des groupes terroristes ont attaqué le village, y ont installé des sièges de commandement et y ont terrorisé et torturé les habitants", a-t-il expliqué.
« Ce n'était pas une attaque de l'armée contre des civils, mais des combats entre l'armée régulière et des groupes armés », a-t-il insisté.
« Seuls cinq bâtiments utilisés comme centre d'opérations par les hommes armés ont été attaqués par les forces de l'ordre », a ajouté le porte-parole, précisant qu'« une grande quantité d'armes, dont des obus de mortier, des roquettes, des charges explosives, des mitrailleuses et également des centres de torture » avaient été saisies.
Citant une personne anonyme qui a « enterré » les corps, il a fait état d'un bilan de 37 hommes armés et deux civils tués dans l'opération, refusant de révéler le nom de sa source par peur qu'elle ne soit tuée par l'opposition.
Réagissant samedi au « massacre » de Treimsa, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a dénoncé « une escalade scandaleuse » et estimé que l'incapacité du Conseil de sécurité à faire pression sur le président Al-Assad équivalait à lui octroyer « un permis de massacrer ».
Par ailleurs, un car des forces de sécurité syriennes a été la cible d'une explosion dimanche à Damas, faisant plusieurs blessés, ont rapporté des insurgés.
Samedi, les violences ont à nouveau fait 115 morts, dont 50 civils, selon l'OSDH, ce qui porte à près de 250 le bilan des derniers jours, après la journée sanglante de jeudi.
Des taches de sang sur un mur du village de Treimsa
Photo : AFP/D. Leal Olivas
Visite de Kofi Annan à Moscou
Le président russe Vladimir Poutine recevra mardi à Moscou Kofi Annan, dans l'espoir de redonner un élan diplomatique à son plan de paix, actuellement en panne, a annoncé dimanche le Kremlin.
Une visite de Ban Ki-moon est prévue aussi la semaine prochaine en Chine, pays qui avec la Russie a bloqué toute résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui aurait sanctionné le régime syrien.
De son côté, l'Iran est prêt à organiser à Téhéran une rencontre entre le gouvernement syrien et l'opposition pour tenter de dénouer la crise, a déclaré dimanche le ministre iranien des Affaires étrangères Ali Akbar Salehi à la chaîne en arabe Al-Alam.
Téhéran, qui s'inquiète d'une possible chute du régime de Damas, son principal allié dans la région, tente depuis plusieurs semaines d'imposer sa présence dans les efforts diplomatiques pour trouver une solution à la crise.
Selon l'OSDH, plus de 17 000 personnes ont péri en Syrie, depuis mars 2011, d'une révolte populaire, qui s'est militarisée avec la répression du régime.