Le maréchal Hussein Tantaoui, chef du Conseil suprême des forces armées, rencontre la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, dimanche, au Caire.
Photo : AFP/BRENDAN SMIALOWSKI
La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a rencontré dimanche au Caire le maréchal Hussein Tantaoui, chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA), au lendemain d'une rencontre avec le nouveau président égyptien, Mohamed Morsi.
La rencontre d'un peu plus d'une heure a été plus discrète conformément au protocole pour de telles visites, dans la mesure où le maréchal n'est plus de fait le chef de l'État. Le CSFA assurait jusqu'au 30 juin l'intérim du pouvoir.
Selon un membre de la délégation américaine, la secrétaire d'État a évoqué la transition politique et le dialogue en cours entre le CSFA et le président Morsi, alors que le maréchal Tantaoui, qui est aussi le Commandant en chef des forces armées, a souligné que Le Caire avait avant tout besoin d'une aide pour surmonter ses problèmes économiques.
L'entretien, toujours d'après ce responsable américain, a porté également sur des questions touchant à la sécurité régionale, comme la situation instable dans le Sinaï et le processus de paix israélo-palestinien.
L'Égypte traverse une nouvelle phase de turbulences opposant l'armée au pouvoir civil depuis l'élection de Mohamed Morsi à la présidence de la république.
Mme Clinton a appelé à plusieurs reprises au respect du résultat des élections. Samedi, elle avait précisé qu'elle évoquerait avec le maréchal Tantaoui la nécessité de travailler à ce que les militaires reviennent à un rôle limité à la « sécurité nationale ».
Le 14 juin 2012, la Cour constitutionnelle égyptienne a déclaré illégal et dissout le Parlement élu quelques mois plus tôt. Dimanche dernier, M. Morsi a ordonné par décret le rétablissement du Parlement. Mais dans un nouveau rebondissement, mardi soir, la Haute Cour constitutionnelle (HCC) a suspendu le décret présidentiel, conduisant finalement M. Morsi à dire qu'il respectait la dernière décision de la justice.
La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton et le président égyptien Mohamed Morsi, samedi, au Caire
Photo : AFP/BRENDAN SMIALOWSKI
Choisissant ses mots avec prudence dans ce contexte tendu, Mme Clinton a indiqué samedi qu'il était « très clair que les Égyptiens se trouvaient au milieu de négociations complexes à propos de la transition », en particulier autour du Parlement, de la future Constitution et des pouvoirs du président.
Tout en affirmant son soutien à la transition en oeuvre, Mme Clinton a souligné que « le CSFA avait protégé la nation égyptienne » pendant la révolution, contrairement à l'armée en Syrie « qui tue son propre peuple ».
Mohamed Morsi, candidat des Frères musulmans, est le premier chef de l'État égyptien depuis 1952 à ne pas être issu des rangs de l'armée.
Après avoir vu le maréchal Tantaoui, Hillary Clinton a rencontré un groupe d'hommes d'affaires égyptiens et devait avoir des discussions avec des femmes et des chrétiens coptes, deux groupes de la société civile égyptienne qui craignent pour leurs droits sous un gouvernement dominé par les Frères musulmans.
Ensuite, elle devait aller à Jérusalem pour des entretiens sur le processus de paix israélo-palestinien, avant de regagner Washington.
Économie en berne
En raison d'une chute du tourisme et des investissements, la croissance égyptienne est en berne. La secrétaire d'État a dévoilé samedi un programme afin d'aider l'Égypte à stabiliser son économie : 250 millions de dollars de prêts pour les PME et mise en place d'un fonds américano-égyptien de 60 millions de dollars pour les entreprises.
Les États-Unis ont soutenu pendant trente ans le régime autoritaire d'Hosni Moubarak, et en particulier l'armée égyptienne, à laquelle ils versent aujourd'hui une subvention annuelle de 1,55 milliard de dollars.