La Bosnie met en terre 520 victimes du génocide de Srebrenica

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Une femme se recueille devant les 520 cercueils de victimes du massacre de Srebrenica, avant qu'ils ne soient enterrés au centre mémorial de Potocari. Une femme se recueille devant les 520 cercueils de victimes du massacre de Srebrenica, avant qu'ils ne soient enterrés au centre mémorial de Potocari.  Photo :  AFP/ELVIS BARUKCIC

Au moment où Ratko Mladic et Radovan Karadzic sont jugés par la justice internationale pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre, des dizaines de milliers de musulmans de Bosnie ont commémoré mercredi le génocide de Srebrenica perpétré en 1995.

À l'occasion de ce 17e anniversaire, 520 victimes du massacre, retrouvées et identifiées au cours des derniers mois, ont été enterrées au centre mémorial de Potocari, près de Srebrenica. Année après année, 5137 corps exhumés des fosses communes ont été mis en terre à cet endroit.

« C'est de la douleur, une douleur sans fin. Et lorsque le 11 juillet arrive, chaque année, cette douleur devient insupportable », a témoigné Sevdija Halilovic, qui est venue au centre mémorial de Potocari pour les funérailles de son père.

« Les restes de mon père ont été exhumés de deux fosses communes. Mes deux frères ont aussi été tués dans le massacre, mais ils n'ont pas encore été retrouvés », confie une autre femme dans la cinquantaine.

Le président américain Barack Obama a tenu à rendre hommage mercredi aux « 8000 hommes et garçons [...] tués brutalement à Srebrenica » et a déclaré que les États-Unis se tenaient « aux côtés du peuple de Bosnie ».

« Les États-Unis s'opposent aux tentatives de réduire l'ampleur de ce crime, de le justifier, de culpabiliser les victimes et de nier le fait indiscutable que ce crime a été un génocide », a-t-il affirmé dans une déclaration diffusée par l'ambassade des États-Unis à Sarajevo.

Peu après son élection, au début du mois de juin, le nouveau président de la Serbie, le nationaliste populiste Tomislav Nikolic avait nié dans une interview l'existence de ce génocide.

Le mémorial à la mémoire des victimes des massacres de Srebrenica.  Photo :  AFP/ANDREJ ISAKOVIC

Le 11 juillet 1995, quelques mois avant la fin de la guerre interethnique de 1992-1995, les troupes serbes bosniennes avaient pris le contrôle de Srebrenica, une enclave musulmane en Bosnie orientale proclamée en 1993 « zone protégée » de l'Organisation des Nations unies (ONU).

Quelque 8000 musulmans ont alors été capturés et tués par les forces du général Ratko Mladic. Plus de 25 000 personnes avaient réussi à fuir dans les bois, mais plusieurs ont péri dans les embuscades des soldats bosno-serbes déguisés avec des uniformes de l'ONU. Ces massacres sont considérés comme les pires depuis la Seconde Guerre mondiale.

La Bosnie a marqué le 20e anniversaire du début de la guerre interethnique de 1992-1995 et du siège de Sarajevo en avril dernier. Cinq ans plus tôt, notre correspondant à l'étranger Jean-François Bélanger s'était entretenu avec des Bosniaques qu'il avait rencontrés à l'époque de la guerre afin de découvrir ce qu'ils sont devenus. Revoyez le reportage qu'il a produit pour l'émission Une heure sur terre.

Cette semaine, 7000 personnes ont refait le trajet de leur fuite à pied, en sens inverse, dans les collines du pays. Elles ont entamé le parcours de 110 km à travers bois dimanche et sont arrivées à Potocari mardi pour participer à la cérémonie commémorative au centre mémorial.

Karadzic et Mladic à la barre des accusés

Pendant ce temps, après des années de cavale, les ex-chefs militaire et politique des forces serbes de Bosnie, Ratko Mladic et Radovan Karadzic, sont jugés par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).

Ils sont accusés de génocide, de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre lors de la guerre de Bosnie, qui avait fait 100 000 morts et 2,2 millions de déplacés en moins de trois ans. Le massacre de Srebrenica a été qualifié à lui seul de génocide par la justice internationale.

L'accusation a d'ailleurs annoncé mercredi son intention d'interjeter appel de l'acquittement de Radovan Karadzic qui a été prononcé le 28 juin par le TPIY dans le cadre d'une accusation de génocide.

Les juges ont jugé insuffisantes les preuves de sa participation aux massacres dans des municipalités de Bosnie, entre mars et décembre 1992. Karadzic reste toutefois poursuivi pour le génocide de Srebrenica de 1995.

Pour l'heure, 38 anciens militaires et policiers serbes de Bosnie ont été condamnés à des peines de prison par le TPIY et la justice bosnienne pour le massacre de Srebrenica, dont certains pour génocide.

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