Le monde arabe en mutation

Kofi Annan lève le voile sur l'approche que prône Damas

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Le récit de Julie Perreault

Le président Bachar Al-Assad propose de régler le conflit en cours en Syrie en procédant « étape par étape », en commençant par les régions les plus touchées par les violences des derniers mois, a fait savoir mardi le médiateur de l'ONU, Kofi Annan, lors d'une conférence de presse donnée à Téhéran.

« Il a proposé d'adopter une approche à partir de zéro dans certaines régions où il y a des violences extrêmes - d'essayer d'endiguer la violence dans ces régions et, étape par étape, de progresser et de mettre un terme aux violences », a-t-il dit, selon une transcription fournie par les Nations unies.

Kofi Annan a tenu ces propos après avoir rencontré le ministre iranien des Affaires étrangères Ali Akbar Salehi. La veille, il avait annoncé avoir convenu d'une nouvelle « approche » avec le président Bachar Al-Assad, lors d'une rencontre tenue à Damas, mais sans donner le moindre détail.

Le ministre Salehi a pour sa part salué « l'impartialité » de Kofi Annan dans ce dossier. « Nous attendons de M. Annan qu'il mène son action jusqu'au bout pour ramener la stabilité et le calme en Syrie et dans la région », a-t-il déclaré en arguant que « l'Iran fait partie de la solution ».

Dans une entrevue accordée en fin de semaine au quotidien Le Monde, Kofi Annan avait déclaré que l'Iran « devrait faire partie de la solution » dans le conflit syrien. La République islamique « a de l'influence et nous ne pouvons pas l'ignorer », avait-il souligné.

À Moscou, le vice-ministre des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, a pour sa part déclaré que la Russie était prête à accueillir une nouvelle réunion du groupe d'action sur la Syrie et souhaite que de nouveaux pays, dont l'Iran, se joignent aux discussions.

Cette photo fournie par Shaam News Network, le réseau des insurgés, montrerait l'enterrement d'une victime de la répression du régime à Al-Tal, près de Damas. AFP ne peut vérifier l'authenticité de cette photo. Cette photo fournie par Shaam News Network, le réseau des insurgés, montrerait l'enterrement d'une victime de la répression du régime à Al-Tal, près de Damas. AFP ne peut vérifier l'authenticité de cette photo.  Photo :  AFP/HO/Shaam News Network

La Russie prête à discuter avec Téhéran

Le groupe d'action sur la Syrie a annoncé un accord sur les principes d'une transition politique lors de sa dernière réunion, le 30 juin, à Genève. Washington et ses alliés, engagés dans un bras de fer avec l'Iran sur la question de son programme nucléaire, ont refusé que l'Iran soit présent.

« Moscou regrette qu'en raison des positions d'un certain nombre de nos partenaires, l'Iran et l'Arabie saoudite n'aient pas été présents à Genève », a déploré le vice-ministre Bogdanov.

Le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition, a cependant réitéré mardi son refus de négocier un accord politique avant le départ du président Al-Assad. Le chef du CNS, Abdel Basset Sayda, doit d'ailleurs évoquer cette question lors d'une visite d'une délégation de son organisme à Moscou mercredi.

La Maison-Blanche a en outre rejeté l'idée de discuter du dossier syrien avec l'Iran. « Je ne pense pas que quiconque puisse dire sérieusement que l'Iran a eu un effet positif sur les développements en Syrie », a fait valoir le porte-parole du président Barack Obama, Jay Carney.

Après son passage à Téhéran, Kofi Annan s'est rendu à Bagdad, où il a discuté de la situation en Syrie avec le premier ministre irakien Nouri Al-Maliki.

Jeudi dernier, le ministre irakien des Affaires étrangères Hoshyar Zebari a déclaré disposer « d'informations et de renseignements solides » sur des militants d'Al-Qaïda, qui entreraient en Syrie depuis l'Irak pour perpétrer des attaques.

Lors d'une conférence de presse, Kofi Annan a souligné que M. Maliki, « très inquiet » quant à la situation en Syrie, « soutient le plan en six points » qu'il a proposé il y a déjà plusieurs mois et qui est resté lettre morte.

« Je pars ce soir, et demain [mercredi], je rendrai compte au Conseil de sécurité des Nations unies de cette tournée », a aussi indiqué M. Annan.