La centaine de pays arabes et occidentaux réunis vendredi à Paris sous la bannière des Amis du peuple syrien a appelé les Nations unies à durcir le ton envers le régime du président Al-Assad.
Le texte final de la conférence est sans équivoque. Il affirme que Bachar Al-Assad doit « abandonner le pouvoir » pour favoriser la transition politique en Syrie. Il annonce également que ses signataires ont l'intention « d'accroître massivement » l'aide à l'opposition.
La France, les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, mais aussi la Ligue arabe, ont notamment demandé que les accords internationaux sur une transition politique en Syrie soient gravés dans le marbre onusien et assortis d'une menace de sanctions, voire d'un recours à la force.
Lors d'une conférence téléphonique avec les médias canadiens, le ministre des Affaires étrangères John Baird a souligné l'évolution substantielle de la position des pays Amis du peuple syrien, qui ont clairement appelé Bachar Al-Assad à lâcher les rênes du pouvoir.
Le chef de la diplomatie canadienne souhaite que le président syrien et sa garde rapprochée soient traduits en justice. Le régime de Bachar Al-Assad doit « rendre des comptes pour les crimes qu'il est en train de commettre et, à mon avis, ces crimes ont clairement atteint le niveau de crimes contre l'humanité », a-t-il affirmé.
« Nous devons tous renforcer nos sanctions » à l'égard du régime syrien, a par ailleurs souligné le ministre avant d'encourager Moscou à ne pas rester « en marge ». « Par ses positions, la Russie permet à ce régime de persévérer », a déploré M. Baird, qui demande au Kremlin de ne plus bloquer les efforts des Nations unies en utilisant son droit de veto au Conseil de sécurité de l'ONU.
« La Russie doit réfléchir au rôle qu'elle veut jouer dans un monde civilisé », a ajouté M. Baird, précisant qu'à l'avenir le Canada et ses alliés se montreraient « plus fermes » vis-à-vis de la de Moscou.
Constatant que la situation se « détériore dramatiquement » en Syrie, John Baird s'inquiète tout particulièrement de la présence d'une grande quantité d'armes chimiques dont pourrait se servir les forces loyalistes. « La communauté internationale doit fermement et énergiquement tracer une ligne rouge pour empêcher Al-Assad d'aller sur ce terrain-là », a indiqué le ministre, précisant que le Canada allait débloquer un million de dollars supplémentaire pour des actions d'assistance humanitaire.
La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton en train de discuter avec son homologue allemand, Guido Westerwelle.
Photo : PC/Jacques Brinon
« Le blocage de la Russie et de la Chine n'est plus tolérable »
La secrétaire d'État américaine a elle aussi mis la pression sur la Russie ainsi que sur la Chine qui soutiennent Damas et se sont toujours opposées au vote d'une résolution contraignante par le Conseil de sécurité de l'ONU. Hillary Clinton a par ailleurs encouragé les autres pays à interpeller Moscou et Pékin.
« Ce n'est franchement pas suffisant de venir simplement [à la réunion] des Amis du peuple syrien parce que, je vais vous dire franchement, je ne crois pas que la Russie et la Chine pensent payer un quelconque prix pour leur soutien au régime de Bachar Al-Assad », a déclaré la secrétaire d'État.
« La seule manière de changer les choses c'est que chaque pays représenté ici dise clairement dès maintenant que la Russie et la Chine paieront un prix parce qu'ils retardent les progrès, font blocage [et] que ce n'est plus tolérable », a-t-elle ajouté.
Le président français s'est lui aussi adressé à la Russie, qui a décidé de boycotter la réunion sous prétexte de ne pas vouloir s'ingérer dans les affaires syriennes.
« Je veux m'adresser à ceux qui ne sont pas là. Au moment où nous en sommes de la crise syrienne, il n'est plus contestable que cette crise est devenue une menace pour la paix et la sécurité internationale », a déclaré François Hollande, à l'ouverture de la conférence, la troisième après celles de Tunis et d'Istanbul.
La Russie dit ne pas soutenir le régime syrien
Le vice-ministre russe des Affaires étrangères n'a pas tardé à réagir. Sergueï Riabkov a « catégoriquement » rejeté vendredi l'idée que la Russie soutenait le régime du président Al-Assad. « Nous rejetons catégoriquement la formulation selon laquelle la Russie soutient le régime de Bachar Al-Assad dans la situation qui s'est formée en Syrie », a déclaré M. Riabkov, cité par l'agence Itar-Tass.
« La question n'est pas le soutien de tel ou tel dirigeant politique, mais de faire en sorte que le processus de régularisation de la situation de crise se place sur un terrain politique normal », a ajouté le vice-ministre, soulignant que son pays oeuvre « à la mise en place de l'indispensable dialogue entre les représentants du pouvoir et de l'opposition ».
En plus « d'encourager » le Conseil de sécurité de l'ONU à voter le plus rapidement possible une résolution pour imposer le plan de paix en six points de l'émissaire spécial des Nations unies et de la Ligue arabe Kofi Annan, le président français a appelé les pays réunis à Paris à prendre « cinq engagements » :
De son côté, Abdel Basset Sayda, le chef du Conseil national syrien (CNS), qui regroupe les principales forces de l'opposition syrienne, a appelé la conférence des Amis du peuple syrien à « prendre toutes les mesures afin d'établir une zone d'exclusion aérienne et des corridors humanitaires ». Il reste malgré tout convaincu que « le régime est en train de tomber et de perdre le contrôle du territoire ».
Bachar Al-Assad doit notamment composer avec la plus importante défection depuis le début de l'insurrection, avec la désertion du général Manaf Tlas, qui est un de ses amis d'enfance.