Un soldat britannique pousse un manifestant catholique à Londonderry le 30 janvier 1972.
Photo : AFP/THOPSON
La police d'Irlande du Nord ouvre une enquête sur le Bloody Sunday, l'épisode tragique du 30 janvier 1972 lors duquel 14 manifestants catholiques ont été abattus par des soldats britanniques dans un quartier nationaliste de Londonderry.
L'enquête, qui pourrait aboutir à des accusations de meurtres, mobilisera « jusqu'à 40 personnes et pourra durer quatre ans », a précisé la police nord-irlandaise dans un communiqué.
La décision est annoncée deux ans après qu'une enquête publique britannique eut conclu que les Nord-Irlandais tués n'étaient pas armés, et que ce sont des militaires britanniques qui ont tiré en premier dans la foule, « possiblement par panique ou par peur ».
Le rapport Saville contredisait ainsi les résultats d'une autre enquête menée peu de temps après les évènements de Londonderry, et qui avait plutôt conclu que les militaires n'avaient fait que répliquer à des tirs nord-irlandais.
Le premier ministre britannique David Cameron a d'ailleurs présenté des excuses aux victimes nord-irlandaises dans la foulée du rapport Saville, qui a coûté 300 millions de dollars au Trésor public et qui s'est étalé sur 12 ans. Il avait déclaré que ces morts étaient « injustifiés et injustifiables ».
Les familles des victimes se sont réjouies de l'annonce de la police nord-irlandaise. « C'est un pas dans la bonne direction parce que moi-même, ma famille et la plupart des familles [des victimes] voulons des poursuites », a déclaré John Kelly, dont le frère, Michael, est tombé sous les balles britanniques.
Le Bloody Sunday a ravivé le conflit en Irlande du Nord, en précipitant de nombreux catholiques dans les rangs de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), un groupe menait une lutte armée contre la minorité protestante et qui souhaitait le rattachement à la République d'Irlande.
L'Irlande du Nord a finalement obtenu une forme d'autonomie politique en 1998, en vertu des Accords du Vendredi saint. Cette entente a mis en place un système de gouvernement local et instauré un partage du pouvoir entre unionistes et nationalistes.
La semaine dernière, la reine Élisabeth II a profité d'une visite à Belfast pour serrer la main de l'ancien commandant en chef de l'IRA Martin McGuinness, aujourd'hui vice-premier ministre du gouvernement nord-irlandais.
Ce geste symbolique visait à marquer la réconciliation entre communautés protestante et catholique, dont les relations demeurent tendues malgré la réconciliation politique.