Le monde arabe en mutation

Un haut gradé et ami d'enfance de Bachar Al-Assad déserte la Syrie

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
Bachar Al-Assad (à gauche) et Manaf Tlass (à droite) en août 1999. Bachar Al-Assad (à gauche) et Manaf Tlass (à droite) en août 1999.  Photo :  AFP/RAED QUTENA

Alors que les pays Amis du peuple syrien, réunis vendredi à Paris, ont prôné une action plus forte du Conseil de sécurité des Nations unies pour mettre fin aux violences qui ensanglantent le pays depuis plus de 16 mois, un proche du régime du président Bachar Al-Assad a fait défection et quitté le pays jeudi.

Haut gradé de l'armée syrienne, proche de la famille Assad et ami d'enfance du chef de l'État, le général syrien Manaf Tlass « a fait défection il y a trois jours et il semble qu'il ait quitté la Syrie », a indiqué à l'AFP une source proche du pouvoir à Damas.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) et des sites Internet d'opposition syrienne ont également affirmé qu'il avait déserté et fui vers la Turquie.

La nouvelle a été confirmée vendredi par le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui a précisé que le haut-gradé était en route vers la France, où se trouvent sa femme et sa soeur, Nahed Ojjeh, veuve du marchand d'armes et milliardaire saoudien Akram Ojjeh.

L'information a mis du baume au coeur à l'opposition qui va chercher à « coopérer » avec le général en fuite, a déclaré vendredi le chef du Conseil national syrien, Abdel Basset Sayda qui considère que cette défection « constitue un coup énorme pour le régime d'Assad. Nous appelons à d'autres défections », a -t-il ajouté lors d'un point presse organisé dans le cadre de la conférence des Amis du peuple syrien.

Le capitaine de vaisseau John Kirby, porte-parole du Pentagone, a de son côté estimé que la désertion de Mounaf Tlass « ne doit pas être prise à la légère ». Les États-Unis « saluent cette défection et pensent qu'elle est importante ».

Bachar Al-Assad l'avait mis à l'écart Membre des Gardes républicains, une unité d'élite chargée de la protection du régime, Manaf Tlass est l'officier supérieur le plus prestigieux à faire défection. Fils du général Moustapha Tlass, ancien ministre de la Défense et ami de longue date de Hafez al-Assad, le père de l'actuel président syrien, il avait fait partie de la « nomenklatura » syrienne.

« Si la défection de Manaf Tlass est confirmée, ce sera un coup douloureux pour le régime et les cercles proches, car il était intime de la famille régnante. » — Rami Abdel-Rahmane, président de l'OSDH

Son cousin Abdel Razzak Tlass est le chef à Homs de la brigade Farouk, une unité de l'Armée libre syrienne (ALS), composée majoritairement de déserteurs de l'armée régulière. Selon des proches de Manaf Tlass, toute sa famille se trouve déjà à l'étranger.

Il avait tenté de réconcilier le régime et les rebelles à Rastane, d'où il est originaire, ainsi qu'à Deraa, mais en vain. Depuis plusieurs mois, le général avait laissé tomber son uniforme au profit d'habits civils et se trouvait dans la capitale.

Au printemps dernier, lors de l'attaque contre Baba Amr dans la ville de Homs, il aurait refusé de prendre la tête des forces gouvernementales chargées de reprendre le quartier aux mains des rebelles. C'est à ce moment que Bachar Al-Assad l'aurait mis à l'écart.

Au moins 29 morts vendrediSelon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), 29 personnes - 13 civils, 14 soldats et 2 rebelles - ont trouvé la mort dans les violences vendredi, jour traditionnel des manifestations depuis le début de la révolte en mars 2011.

Les combats entre l'Armée syrienne libre (ASL) et les forces loyalistes ont notamment fait rage à Khan Cheikhoun, dans la province d'Idlib, située au nord du pays sur l'axe routier reliant Damas à Alep.

« L'ASL s'est retirée de la ville la nuit dernière faute d'avoir suffisamment de munitions, l'armée de Al-Assad en a pris le contrôle », a rapporté Abou Hamam, un porte-parole des rebelles qui a pris la fuite dans un village voisin. « Ils brûlent les maisons. Ils ont brûlé ma propre maison. Je vois la fumée s'échapper dans le ciel de là où je suis », a-t-il précisé.

Des combats ont également éclaté entre les forces gouvernementales et l'ASL à Damas, dans le quartier de Kfar Souseh, où se trouvent des locaux de la police secrète et des renseignements syriens.

Les forces loyalistes ont aussi tiré sur une manifestation anti-régime dans le camp de réfugiés palestinien d'Al Yarmouk, à l'extrémité sud de la capitale syrienne. Plusieurs victimes se compteraient dans les rangs des protestants.

Des membres de l'opposition ont par ailleurs signalé que le quartier de Qadam et la banlieue de Deraya, tout deux situés dans le secteur de la capitale, avaient subi des tirs de mortiers qui n'auraient pas fait de victimes.

Jeudi, le pilonnage des fiefs rebelles et les combats entre soldats et rebelles avaient fait au moins 90 morts, dont 63 civils, selon l'OSDH.