Un soldat français dans la province de Kapisa
Photo : AFP/JOEL SAGET
À quelques mois du retrait des troupes françaises d'Afghanistan, le commandement de la province de Kapisa est transféré par l'armée française aux soldats afghans.
Les soldats français continueront toutefois de former et d'assister l'armée afghane. Sur les 3500 soldats présents, 2000 devront quitter l'Afghanistan d'ici la fin 2012.
Le transfert du commandement de Kapisa, annoncé le 13 mai dernier par le président afghan, Hamid Karzaï, a été ainsi mis en oeuvre mercredi lors d'une cérémonie dans la capitale provinciale Mahmood-e-Raqi, en présence de représentants afghans et des pays de l'OTAN.
« C'est un pas important pour l'Afghanistan vers l'exercice de sa totale souveraineté », s'est félicité l'ambassadeur de France en Afghanistan, Bernard Bajolet, à l'issue de la cérémonie.
« C'est un jour hautement symbolique pour la Kapisa comme pour l'armée française », a renchéri le général Éric Hautecloque-Raysz, commandant des forces françaises en Afghanistan, en estimant que « les progrès accomplis sont réels et devraient permettre d'envisager l'avenir avec optimisme et sérénité ».
Doute sur les capacités afghanes
Cependant, ces déclarations optimistes ne semblent pas convaincre plusieurs observateurs qui doutent de la capacité de l'armée afghane à sécuriser le pays et a éviter un retour des talibans ou une nouvelle guerre civile après le départ des Occidentaux qui les forment depuis dix ans.
La Kapisa, point d'accès stratégique à Kaboul depuis les bastions talibans de l'est afghan et des zones tribales situées de l'autre côté de la frontière pakistanaise, pourrait devenir un vrai casse-tête pour Kaboul.
« Si l'ambition était de se promener dans tous les fonds de vallée comme dans les Alpes, alors c'est raté », estime un responsable occidental. « Mais s'il s'agissait de stabiliser suffisamment la zone pour que l'armée afghane contrôle les grands axes, alors c'est bon », croit-il.
Selon François Guillermet, porte-parole de l'armée française en Afghanistan, policiers et soldats afghans sont « à un niveau suffisant pour contenir l'insurrection dans ses fonds de vallées ». Il est convaincu que les rebelles « ne pourront peser sur l'avenir militaire de la Kapisa ».
La mission en Kapisa est considérée comme la plus difficile pour les Français en Afghanistan depuis leur arrivée dans le pays à la fin 2001, et les affrontements avec les insurgés s'y sont multipliés.
En tout, 53 des 87 soldats français tués en Afghanistan depuis 2001 y ont péri, dont la totalité des 24 tués en 2011, année la plus meurtrière pour la France en dix ans.
Outre Kaboul, les soldats français sont essentiellement déployés dans le district de Surobi et la province de Kapisa, deux zones proches de la capitale dont ils ont assuré la sécurité à partir de 2008.
En avril, la France, cinquième pays contributeur de l'OTAN en nombre de soldats, avait transféré aux Afghans le contrôle de Surobi, bien plus calme que la Kapisa, un premier pas important sur la voie du retrait.