Les islamistes qui contrôlent Tombouctou ont poursuivi lundi la destruction de biens religieux en brisant la porte sacrée d'une mosquée du 15e siècle. Les hommes d'Ansar Dine ont jusqu'ici détruit la moitié des 16 mausolées que compte Tombouctou, en plus d'un certain nombre de sépultures de saints locaux.
« Parmi les civils qui regardaient ça, certains ont pleuré », a déclaré un ancien guide touristique de Tombouctou, cité historique du nord du Mali.
Les islamistes ont notamment détruit l'entrée de la mosquée Sidi Yahia de Tombouctou, située dans le sud de la ville. « Ils ont arraché la porte sacrée qu'on n'ouvrait jamais », a affirmé un de ces témoins, une information confirmée par d'autres habitants de Tombouctou.
Un membre de la famille d'un imam a déclaré qu'ils avaient agi ainsi car « certains disaient que le jour où on ouvrirait cette porte, ce serait la fin du monde et ils ont voulu montrer que ce n'est pas la fin du monde ».
Depuis samedi, Ansar Dine s'attaque aux mausolées et aux tombeaux de saints de Tombouctou, considéré comme une hérésie vis-à-vis d'un islam rigoriste des origines. Les membres de la faction islamiste affirment agir « au nom de Dieu » et en représailles à la décision de l'UNESCO, le 28 juin, d'inscrire Tombouctou sur la liste du patrimoine mondial en péril.
Joint par téléphone par l'Associated Press, un porte-parole d'Ansar Dine a affirmé que cette faction ne reconnaissait ni les Nations unies, ni la Cour pénale internationale, dont un procureur a affirmé que cette destruction pourrait constituer un crime de guerre. « Le seul tribunal que nous reconnaissons, c'est le tribunal divin de la charia [la loi islamique] », a souligné Oumar Ould Hamaha.
« La destruction est un ordre divin, a-t-il déclaré. C'est notre prophète qui a dit que chaque fois que quelqu'un construit quelque chose au-dessus d'une tombe, cela doit être remis par terre. Nous devons faire cela pour que les générations futures ne soient pas troublées et ne commencent à vénérer les saints comme s'ils étaient Dieu. »
Oumar Ould Hamaha a ajouté qu'il ne se souciait pas de l'impact que ces actions auront sur le tourisme: « Nous sommes contre le tourisme. Ils encouragent la débauche ».
Une mosquée à Tombouctou, au nord du Mali
La mosquée Sidi Yahia fait partie des trois grandes mosquées de Tombouctou avec celles de Djingareyber et de Sankoré, joyaux architecturaux témoignant de l'apogée de la ville. Elles figurent toutes les trois sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Des saints sont enterrés dans les mosquées de Djingareyber et de Sidi Yahia, selon un expert malien.
Le saccage à Tombouctou a été condamné par le Mali, la France et l'Algérie, mais aussi par l'UNESCO, l'Organisation de coopération islamique (OCI) et la Cour pénale internationale (CPI).
Fatou Bensouda, procureure de la CPI, a d'ailleurs déclaré dimanche que ces destructions pouvaient être considérées comme un crime de guerre passible de poursuites.
Avancée des islamistes
Les islamistes d'Ansar Dine et du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest ont profité d'un coup d'État militaire, le 22 mars à Bamako, pour accélérer leur progression. Ils contrôlent désormais tout le nord du Mali, au détriment de la rébellion touarègue. Leur objectif est d'imposer la charia (loi islamique) dans tout le Mali.
À Alger et à Niamey, les ministres maliens des Affaires étrangères et de la Défense se sont prononcés pour une solution « politique » et « consensuelle » pour résoudre la crise et préserver « l'intégrité territoriale du Mali ».
Une des niches où se trouvait un bouddha avant d'être détruit par des talibans, en 2001.
Photo : AFP/SHAH MARAI
Le précédent des bouddhas de Bamiyan
La démolition des mausolées de Tombouctou au nom d'un islam fondamentaliste fait écho à celle des bouddhas millénaires de Bamiyan, méthodiquement saccagés à l'explosif par les talibans afghans.
Début mars 2001, le chef suprême des talibans, le mollah Omar, ordonnait la destruction des deux bouddhas géants de Bamiyan (centre-est), trésors archéologiques vieux de plus de 1 500ans.
En 25 jours, ils seront réduits à l'état de gravats, attaqués dans un premier temps à coups d'obus et de roquettes, puis, devant leur résistance, à la dynamite.
À l'époque, comme aujourd'hui pour les mausolées de Tombouctou, toute la communauté internationale et une délégation d'oulémas arabes avaient multiplié les appels à la raison pour tenter d'infléchir les talibans, en vain.
Deux ans après leur destruction, le site a été inscrit en 2003 au patrimoine de l'UNESCO, ce qui a permis de consolider les immenses niches où étaient installés les bouddhas et d'inventorier les vestiges.
Régulièrement, des projets de reconstruction sont évoqués sans que, à ce jour, aucun accord n'ait pu être conclu entre le gouvernement afghan et ses partenaires internationaux.