Une mosquée de Tombouctou, le 10 avril 2006
Photo : AFP/ISSOUF SANOGO
Des éléments du mouvement islamiste Ansar Dine s'attaquent aux nombreux mausolées de saints de la cité de Tombouctou, au nord du Mali. Les destructions ont commencé samedi et se sont poursuivies dimanche.
Armés de Kalachninov et de pioches, une trentaine d'activistes ont détruit trois tombeaux de saints musulmans, a confié à l'agence Reuters un journaliste local, Yaya Tandina.
Un Tombouctien, Hamed Mohamed, a déclaré de son côté que les radicaux islamistes ont détruit les tombeaux de Sidi Elmety, de Mahamane Elmety et du cheikh Sidi Amar, tous situés à l'ouest de la ville.
Des rebelles islamistes d'Ansar Dine , le 24 avril 2012 près de Tombouctou
Photo : AFP/ROMARIC OLLO HIEN
Ansar Dine, lié à Al Qaïda au Maghreb islamique, veut instaurer la charia au Mali. Ce mouvement radical islamiste estime que les mausolées érigés par les musulmans d'obédience soufiste relèvent d'une idolâtrie bannie par l'islam. Ses membres affirment avoir l'intention de poursuivre la destruction jusqu'à ce que tous les mausolées de Tombouctou soient détruits.
Selon un témoin sur place, les islamistes avaient commencé à détruire les mausolées à coups de pelles en réponse à la décision cette semaine de l'UNESCO d'inscrire Tombouctou sur la liste du patrimoine en péril.
Ansar Dine dit contrôler le nord du Mali après avoir pris l'avantage sur les rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l'Azaouad (MNLA). Au printemps dernier, le MNLA avait pris le contrôle du nord du Mali avec l'aide de groupes comme Ansar Dine, profitant de la déstabilisation du pays après le coup d'État du 21 mars à Bamako.
Édifiée en 1325, la grande mosquée Djingareyber est construite à base de terre crue.
Photo : AFP/ISSOUF SANOGO
Destruction d'un carrefour historique
« Tout comme hier, la population n'a pas réagi. Les gens disent qu'il faut les laisser faire en espérant pouvoir un jour reconstruire les tombeaux, » a expliqué Yaya Tandina.
Samedi, la directrice générale de l'UNESCO, la Bulgare Irina Bokova, avait lancé un appel pour que cessent immédiatement ces actions. Elle a qualifié d'« extrêmement angoissantes » les informations en provenance de Tombouctou.
Le Mali a appelé dimanche les Nations unies à prendre des mesures pour empêcher cette destruction « criminelle. » Lors d'une réunion de l'UNESCO à Saint-Pétersbourg, la ministre malienne des Arts, du Tourisme et de la Culture, Diallo Fadima, a appelé la communauté internationale à être solidaire avec le Mali. Elle a conclu son discours par ces mots : « Dieu aide le Mali. »
Dénonçant des actes « intolérables, » la France a également condamné « la violation systématique de ces lieux de recueillement et de prières, qui représentaient depuis des siècles une partie de l'âme de cette prestigieuse cité sahélienne » .