Kofi Annan (centre) s'entretient avec Sergei Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères (droite) à Genève, le 29 juin 2012
Photo : AFP/FABRICE COFFRINI
La communauté internationale portera une partie de la responsabilité des morts en Syrie si elle reste divisée sur la question syrienne, a déclaré samedi à Genève l'émissaire spécial de l'ONU sur la Syrie.
Dans un discours prononcé à l'ouverture de la réunion du groupe d'action pour la Syrie, Kofi Annan a appelé les membres de la communauté internationale à s'entendre et à passer à la vitesse supérieure après avoir adopté, en avril, le principe de l'envoi d'observateurs.
Le Groupe d'action pour la Syrie se réunit pour tenter de trouver une solution politique aux violences dans le pays qui durent depuis maintenant 16 mois et faire appliquer le plan de paix de l'ONU. Kofi Annan a invité aux discussions les ministres des Affaires étrangères des membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie), ainsi que leurs homologues turc, koweïtien et qatari.
« Je souhaite que la journée soit productive, rassemblez-vous, travaillez ensemble et agissez ensemble pour le bien commun, mais surtout pour le bien » du peuple syrien, a-t-il conclu.
Alors qu'Américains et Européens ont appelé au départ du président Bachar Al-Assad, la Russie, avec l'appui de la Chine, cherche à ménager son allié syrien. En revanche, Kofi Annan n'a pu obtenir des Occidentaux que l'Iran participe à la réunion de Genève, ainsi que le souhaitait la Russie.
La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton s'est entretenue vendredi soir avec son homologue russe Sergueï Lavrov à Saint-Pétersbourg, mais cela n'a pas permis de rapprocher leurs positions.
« Nous ne sommes pas parvenus à un accord en avance avec la Russie et la Chine. Cela demeure très difficile et est-ce que cela sera possible, je ne le sais pas, » a dit William Hague, Secrétaire au Foreign Office britannique, avant l'ouverture de la réunion.
Un échec de la réunion de samedi pourrait rendre « irréversible » la spirale de la violence qui plonge chaque jour un peu plus le pays dans la guerre civile, a averti Kofi Annan.
Faute de consensus préalable, la réunion a été retardée à deux reprises pour des consultations et devrait prendre plus de temps que prévu.
Le texte servant de base aux discussions prévoit l'établissement d'un gouvernement d'union nationale de transition, qui pourrait comprendre des membres du gouvernement de Bachar Al-Assad, de l'opposition syrienne et d'autres groupes. Il superviserait l'élaboration d'une nouvelle Constitution et l'organisation d'élections.
Les funérailles d'un homme supposément tué par les forces du gouvernement syrien (Damas, le 29 juin 2012).
Une situation humanitaire « catastrophique »
Vendredi, au moins 75 personnes auraient été tuées dans les violences en Syrie, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), basé à Londres. Pour l'instant, l'OSDH compte 16 morts pour la journée de samedi. Il est cependant difficile de confirmer ces informations de source indépendante en raison des restrictions imposées par le régime syrien aux médias indépendants.
Sur le terrain, une ONG syrienne a lancé un appel au Comité international de la Croix Rouge (CICR) pour envoyer des équipes médicales dans la ville de Douma, près de Damas, théâtre d'opérations militaires d'envergure depuis le 21 juin.
À Douma, la situation humanitaire est « catastrophique à tous les niveaux », a indiqué l'OSDH. « Plus de 100 familles, des femmes et des enfants, sont piégées dans des abris. Les hommes ont été arrêtés ou tués par les forces de l'ordre. Les forces de l'ordre ont pris le contrôle de l'hôpital principal de Douma. Il n'y a aucun médecin en ville, alors qu'il y a des dizaines de blessés ayant besoin de soins, » ajoute le communiqué.
Depuis 16 mois, le régime alaouite mène une répression meurtrière contre le mouvement de contestation né en mars 2011. La situation a encore dégénéré ces derniers mois avec des affrontements entre troupes syriennes et insurgés.
La trêve supposée être entrée en vigueur le 12 avril dernier dans le cadre du plan de paix proposé par Kofi Annan n'a jamais tenu. La mission d'observation de l'ONU a suspendu la fin de semaine dernière ses activités en raison de l'intensification des violences.