Le monde arabe en mutation

Syrie : Kofi Annan plaide pour un gouvernement de transition

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Reuters et Al-Jazeera
L'émissaire spécial de l'ONU et la Ligue arabe, Kofi Annan, lors d'une conférence de presse à Genève le 22 juin 2012. L'émissaire spécial de l'ONU et la Ligue arabe, Kofi Annan, lors d'une conférence de presse à Genève le 22 juin 2012.  Photo :  AFP/SEBASTIEN BOZON

Le médiateur international Kofi Annan a proposé de mettre sur pied un gouvernement de transition en Syrie afin de trouver une solution politique au conflit qui secoue le pays, une idée soutenue par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU.

Le document de l'émissaire spécial de l'ONU et de la Ligue arabe suggère que le gouvernement de coalition inclue des partisans du président Bachar Al-Assad ainsi que des membres de l'opposition syrienne.

Tant la Russie, la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne que la Chine ont indiqué qu'ils appuyaient son idée d'établir un gouvernement d'union nationale à Damas.

En visite à Helsinki, la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a dit avoir transmis à M. Annan « son soutien pour le plan qu'il a présenté », qu'elle a qualifié de « feuille de route très concrète pour une transition politique ».

« [Le gouvernement] pourrait comprendre des membres actuels du gouvernement, des représentants de l'opposition et d'autres personnes, mais il devra exclure ceux dont la présence nuirait à la crédibilité de la transition ou aux perspectives de réconciliation et de stabilité », a pour sa part indiqué un diplomate à l'ONU.

La proposition fait partie des « lignes directrices et principes pour une transition » en Syrie que Kofi Annan a envoyés aux ministres des Affaires étrangères devant participer à la réunion du Groupe d'action sur la Syrie samedi à Genève, afin qu'elles y soient discutées.

Bémols de la Russie

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a pour sa part prévenu jeudi que « la réunion de Genève vise à soutenir le plan de Kofi Annan et doit poser les conditions à un arrêt des violences et à l'ouverture d'un dialogue national et n'a pas pour objectif de déterminer à l'avance la teneur de ce dialogue ».

Sergueï Lavrov a ajouté qu'il n'y avait « pas de projet approuvé » pour cette conférence jusqu'à maintenant et que le sort de Bachar Al-Assad « doit être décidé dans le cadre d'un dialogue syrien par le peuple syrien ».

L'ambassadeur russe à l'ONU Vitaly Tchourkine avait d'ailleurs souligné la veille que les idées que présenterait M. Annan à Genève ne seraient pas automatiquement acceptées, mais qu'elles « fourniraient une base de discussions pour les ministres ».

Moscou estime par ailleurs qu'exclure l'Iran de la conférence internationale, à laquelle ont notamment été conviés la Turquie, l'Irak, le Qatar et le Koweït, est une « erreur » et que les États-Unis adoptent « deux poids, deux mesures » en s'opposant à la présence de Téhéran.

Le départ du président « impératif » pour l'opposition

L'opposition syrienne affirme de son côté que le départ du président syrien est un impératif et refuse de participer à tout gouvernement avant que Bachar Al-Assad ne quitte le pouvoir.

« La proposition est encore trop vague pour nous, mais je peux vous dire que si elle ne stipule pas clairement que [Bachar Al-Assad] doit démissionner, elle sera inacceptable à nos yeux », a déclaré Samir Nachar, membre du Conseil national syrien (CNS), qui regroupe les principales forces de l'opposition.

« Si la proposition dit qu'Assad doit démissionner, alors l'idée d'autoriser d'autres membres de l'actuel gouvernement à participer pourrait être débattue », a-t-il néanmoins ajouté.

Les violences s'intensifient

La proposition de l'émissaire spécial Kofi Annan survient alors que le président Bachar Al-Assad estime que son pays vit « dans un véritable état de guerre ».

La Syrie a connu mardi les violences les plus sanglantes depuis le début du soulèvement contre le régime à la mi-mars 2011, faisant plus d'une centaine de morts. Mercredi, les rebelles se sont attaqués à la télévision officielle Al-Ikhbariy, où sept personnes ont été tuées, dont trois journalistes. En 15 mois de révolte, c'était la première fois qu'ils ciblaient les médias nationaux.

Au moins 149 personnes, en majorité des civils, ont perdu la vie mercredi dans des affrontements entre les rebelles et les forces du président Bachar Al-Assad, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une organisation basée à Londres.

Dans son rapport rendu public le même jour, la Commission d'enquête internationale mandatée par l'ONU a conclu que la situation en Syrie s'est détériorée rapidement depuis trois mois, que la violence s'est radicalisée et que, dans certaines régions, les combats ont toutes les caractéristiques d'un « conflit armé non international ».