L'opposante birmane Aung San Suu Kyi et le président français François Hollande lors de la conférence de presse qui a suivi leur entretien, le 26 juin 2012
Photo : AFP/BERTRAND LANGLOIS
Symbole de la démocratie birmane, Aung San Suu Kyi a entamé mardi une visite de trois jours en France, dernière étape d'une tournée européenne, au cours de laquelle elle a rencontré le président français François Hollande.
Au cours de la rencontre, François Hollande a assuré le soutien de la France à la transition démocratique en Birmanie. Il a plaidé pour des élections libres et le respect des minorités, et a aussi souhaité plus de transparence pour les entreprises étrangères qui y investissent.
À cet égard, Paris devait justifier la présence de l'entreprise pétrolière française Total, présente en Birmanie depuis 1992. Cette présence a été critiquée par des ONG qui accusaient l'entreprise française d'enrichir la junte militaire au pouvoir.
Le président Hollande a affirmé que la compagnie Total respectait les normes en matière d'environnement et de travail et a promis d'intervenir directement auprès de l'entreprise en cas de manquement.
« Aujourd'hui, il y a de la part de cette entreprise des pratiques qui ont changé et qui sont respectueuses d'abord des droits de l'Homme et qui doivent aussi respecter les normes environnementales et les normes sociales », a jugé M. Hollande devant la presse à l'issue de l'entretien avec la lauréate du prix Nobel de la paix.
Pour sa part, Aung San Suu Kyi n'a pas non plus souhaité blâmer l'entreprise pétrolière française Total. « Total a fait des efforts pour accorder des compensations suffisantes à ceux qui ont été déplacés par le gazoduc et essaie de faire ce qu'il peut pour ses employés », a renchéri Aung San Suu Kyi. « Nous voulons donner à tous l'occasion d'investir. »
En outre, M. Hollande a indiqué qu'il était prêt à accueillir en France son homologue birman, l'ancien général Thein Sein, « s'il veut venir ». Le président birman a été décrit par Mme Aung San Suu Kyi comme « un homme qui est sincère dans le mouvement qu'il a engagé, » a déclaré M. Hollande lors de la conférence de presse. Le président français a d'ailleurs assuré que la France soutiendrait « tous les acteurs » de la transition démocratique en Birmanie.
Dans la foulée de la tenue des élections démocratiques, la plupart des sanctions économiques européennes contre la Birmanie ont été levées, pour un an, en avril dernier.
La Prix Nobel de la paix est arrivée mardi à Paris en train. Elle a été accueillie selon un protocole habituellement réservé aux chefs d'État.
De la Thaïlande à la France
Aung San Suu Kyi avait choisi la Thaïlande pour son premier voyage à l'étranger depuis 24 ans, périple qui avait mis un terme à deux décennies d'isolement. Elle a ensuite visité la Suisse, la Norvège et l'Irlande dans le cadre de son actuelle tournée de 17 jours en Europe, où elle n'avait pas mis les pieds depuis 1988.
Le 16 juin à Oslo, elle a prononcé son discours d'acceptation du prix Nobel de la paix qui lui avait été décerné en 1991, alors qu'elle était placée en résidence surveillée dans son pays.
La dirigeante de l'opposition birmane a ensuite été reçue par le premier ministre britannique David Cameron, devenant l'une des rares dignitaires à s'être adressée aux deux chambres du Parlement, à Westminster Hall, où elle a été présentée comme « la conscience d'un pays et une héroïne de l'humanité ».