Avion turc abattu : Ankara met en garde la Syrie

  |  Radio-Canada avec Reuters et Al-Jazeera
Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, prononçant un discours à Ankara

Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a vertement condamné la Syrie pour la destruction d'un de ses avions militaires et l'a avertie que son pays entendait riposter à toute violation de sa frontière.

« Les règles d'engagement des forces armées turques ont désormais changé. Tout élément militaire qui posera un risque et un danger de sécurité à la frontière turque venant de la Syrie sera considéré comme une cible » militaire, a-t-il déclaré dans un long discours prononcé mardi devant le Parlement turc.

M. Erdogan a qualifié la destruction de l'appareil en plein vol d'« attaque lâche du régime [du président Bachar] Al-Assad contre la Turquie ». « Ce dernier événement montre que le régime d'Assad est devenu une menace claire et proche pour la sécurité de la Turquie comme pour son propre peuple », a-t-il tranché.

« L'amitié de la Turquie est précieuse, mais son courroux est aussi féroce », a-t-il prévenu, appelant les autorités syriennes à ne pas tester les capacités des forces armées turques. « Personne ne doit penser que notre sang-froid [au sujet de cet incident] est un signe d'impuissance », a-t-il poursuivi.

Le dirigeant a ajouté qu'Ankara continuerait d'appuyer le peuple syrien jusqu'à la chute de la « dictature cruelle » au pouvoir à Damas. « Le peuple syrien est notre frère. La Turquie soutiendra le peuple syrien de toutes les manières nécessaires jusqu'à ce qu'il se sauve de l'oppression, du massacre, de ce dictateur sanguinaire et de sa clique », a-t-il dit.

Un geste inacceptable, selon l'OTAN

M. Erdogan a tenu ces propos alors que le Conseil de l'Atlantique Nord de l'OTAN était réuni mardi à Bruxelles. L'organisation a, elle aussi, fermement condamné la destruction de l'avion turc par l'armée syrienne et a apporté son soutien à la Turquie.

« Nous considérons cet acte comme étant inacceptable et nous le condamnons dans les termes les plus forts [...] Les Alliés ont exprimé leur fort soutien et leur solidarité avec la Turquie », a déclaré à la presse le secrétaire général de l'Alliance atlantique, Anders Fogh Rasmussen, au terme d'une rencontre des 28 ambassadeurs des pays membres du Conseil consacrée à cet incident. Il a précisé que l'OTAN restait « saisi » de la question.

C'est la deuxième fois en 63 ans d'existence que l'Alliance atlantique est convoquée en vertu de l'article 4 de sa charte, qui prévoit des consultations lorsqu'un pays membre estime que son intégrité territoriale, son indépendance politique ou sa sécurité est menacée. La première et seule autre réunion de ce genre remonte à 2003, alors que l'OTAN s'était réunie pour discuter de la guerre en l'Irak, également à la demande de la Turquie.

Dans une lettre adressée au Conseil de sécurité de l'ONU, Ankara avait dénoncé « l'acte hostile commis par les autorités syriennes contre la sécurité nationale turque », disant que « cela posait une sérieuse menace pour la paix et la sécurité dans la région ».

La Turquie avait toutefois opté pour la retenue et la voie diplomatique en invoquant l'article 4 de la charte de l'OTAN, et non l'article 5, qui prévoit une intervention militaire dans la mesure où « une attaque dirigée contre un ou plusieurs membres de l'Organisation est considérée comme une attaque dirigée contre tous ».

Un acte de représailles

La Turquie a annoncé vendredi que le F-4 Phantom turc avait été abattu par les forces syriennes, alors qu'il effectuait sans armes une mission d'entraînement et de test d'un système radar.

La Syrie a expliqué son geste en disant avoir dû « réagir immédiatement » face à l'avion de l'armée de l'air qui volait à 100 mètres d'altitude dans l'espace aérien syrien, ajoutant qu'il avait violé sa souveraineté territoriale.

Ankara a rapidement rejeté les propos de la défense antiaérienne syrienne et a indiqué que son avion se trouvait dans l'espace aérien international et non dans l'espace syrien. Le vice-premier ministre turc, Bülent Arinç, a qualifié l'incident « d'acte de représailles » et a averti que la destruction du F-4 « ne restera pas impunie ».

Bülent Arinç a par ailleurs annoncé lundi qu'un deuxième avion, un CASA CN-235 qui participait aux recherches des deux pilotes du F-4, a été la cible des tirs de l'armée syrienne.

La Turquie a coupé les ponts avec le président Bachar Al-Assad, en raison de la répression sanglante du mouvement de contestation antigouvernementale qui agite la Syrie, pays voisin de la Turquie sur plus de 900 km. La Turquie, qui possède la deuxième armée de l'OTAN en importance après celle des États-Unis, a aussi établi des camps de réfugiés à sa frontière pour plus de 32 000 Syriens qui ont fui les violences.

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