Le monde arabe en mutation

Syrie : Kofi Annan constate que son plan n'est pas appliqué

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Le compte rendu de Joyce Napier

L'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe Kofi Annan s'est adressé jeudi à l'Assemblée générale des Nations unies pour rendre compte de la situation en Syrie, où il a exprimé son « horreur et [sa] condamnation » du récent massacre d'Al-Koubeir.

« Les responsables doivent être punis [...] nous ne pouvons pas laisser des massacres devenir la réalité de tous les jours en Syrie », a-t-il lancé, soulignant que « la violence empire » dans le pays.

Il a aussi déclaré qu'il devait constater que son plan n'était pas appliqué en Syrie. M. Annan a indiqué que la violence avait empiré, que les exactions se poursuivaient et que le pays se radicalisait.

M. Annan a aussi résumé les propos qu'il a adressés au président Bachar Al- Assad, lui rappelant qu'il devait tenir ses engagements d'appliquer le plan de sortie de crise.

L'émissaire a indiqué que le président syrien lui a rétorqué que le principal obstacle pour l'application du plan était les actions des rebelles.

M. Annan estime que les deux parties doivent cesser la violence, précisant que la responsabilité relève du gouvernement.

Il a indiqué que, même si quelques progrès ont eu lieu, comme la libération de certains détenus et l'accès à l'assistance humanitaire, la situation nécessite beaucoup plus.

Il a affirmé que, malgré la peur et la violence, la population continue de protester dans les rues. Il a aussi indiqué que l'opposition armée, qui a décidé de ne plus respecter le cessez-le-feu, a intensifié ses attaques, ce qui ne sert pas la cause de la population.

Selon M. Annan, la situation devient plus complexe avec la série d'attentats à la bombe, dont certains indiqueraient la présence d'un « troisième acteur » dans le conflit.

M. Annan avertit que si les choses ne changent pas, le pays risque de s'enfoncer dans le cycle de « la répression, des massacres, de la violence sectaire et de la guerre civile. »

Les observateurs de l'ONU bloqués

Le chef de la mission des observateurs de l'ONU en Syrie, le général Robert Mood, a annoncé que son équipe a été empêchée de se rendre sur les lieux de la tuerie à Al-Koubeir.

« Leur mission [des observateurs] est entravée par [...] le fait qu'ils ont été stoppés à des barrages de l'armée syrienne et, dans certains cas, refoulés », a indiqué le général norvégien dans un communiqué. « Certaines de nos patrouilles ont été stoppées par des civils dans la zone », a-t-il ajouté, sans donner de précision.

Le général Mood a indiqué que des habitants de la zone lui font parvenir des informations selon lesquelles la sécurité des observateurs serait en péril s'ils pénétraient dans le village d'Al-Koubeir. Le chef des observateurs n'a toutefois pas précisé l'origine des menaces.

De son côté, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a indiqué que des observateurs qui tentaient de se rendre sur le lieu du massacre avaient été la cible de « tirs à l'arme légère ».

M. Ban a par ailleurs qualifié de « scandaleux et révoltant » le massacre perpétré à Al-Koubeir et affirmé que le président syrien Bachar Al-Assad avait « perdu toute légitimité ».

Juste après la diffusion du communiqué de l'ONU, la télévision progouvernementale Addounia a annoncé que les observateurs étaient autorisés à se rendre à Al-Koubeir, mais aucune confirmation n'est venue des Nations unies.

Au moins 55 personnes ont été tuées mercredi à Al-Koubeir, dans la province de Hama (centre), a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), un organisme basé à Londres.

Le Conseil national syrien, qui regroupe une partie de l'opposition syrienne, a parlé de 80 morts et a accusé « le régime criminel d'Al-Assad », tandis que le gouvernement syrien a démenti qu'un tel massacre ait eu lieu.

Le massacre est une provocation, selon Moscou

Le ministère russe des Affaires étrangères a condamné le nouveau massacre « barbare » dans la province de Hama, jugeant qu'il s'agissait d'une « provocation » visant à faire échouer le plan de paix de l'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe Kofi Annan.

Le porte-parole du ministère Alexandre Loukachevitch a appelé les Occidentaux à user de leur influence sur les groupes armés de l'opposition syrienne, afin qu'ils respectent le plan Annan. « Cela aidera à empêcher une répétition des tragédies comme celles de Houla et Hama », a conclu le responsable.

Solution à la yéménite?

La Russie, qui demeure un allié du régime de Bachar Al-Assad, a cependant indiqué qu'elle était prête à accepter une transition à l'image de celle qui a eu lieu au Yémen.

« Mettre en place un scénario à la yéménite pour résoudre le conflit en Syrie est seulement possible si les Syriens sont d'accord », a souligné le vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov. « Ce scénario yéménite a été mis au point et accepté par les Yéménites eux-mêmes », a-t-il précisé.

Le soulèvement au Yémen s'est conclu par le départ du président Ali Abdallah Saleh, qui a cédé le pouvoir à une autorité de transition dirigée par son ancien vice-président, Abd Rabbo Mansour Hadi.

Une solution passant par une transition dirigée par le vice-président syrien Farouk Al-Charaa avait été évoquée il y a quelques mois par des diplomates et des experts de la région.

Nouvelle proposition d'Annan

Kofi Annan, doit proposer jeudi aux 15 membres du Conseil de sécurité de créer un « groupe de contact » réunissant les puissances mondiales et régionales (Russie, Chine, États-Unis, Grande-Bretagne, France, Arabie saoudite, Turquie, Qatar et Iran) afin de sauver son plan de paix en six points.