Le monde arabe en mutation

Morts au Liban dans des heurts entre pro et anti-Assad

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Des troupes de l'armée libanaise patrouillent le quartier majoritairement sunnite de Bab el-Tebbaneh à Tripoli (Liban), peu après des échanges de tirs, le 2 juin 2012. Des troupes de l'armée libanaise patrouillent le quartier majoritairement sunnite de Bab el-Tebbaneh à Tripoli (Liban), peu après des échanges de tirs, le 2 juin 2012.  Photo :  AFP/STR

La crise syrienne a de nouveau débordé au Liban, où 10 personnes ont été tuées et 31 autres blessées par des échanges de tirs entre partisans et opposants au régime du président syrien Bachar Al-Assad.

Des fusillades ont éclaté et des roquettes ont été tirées au courant de la nuit à Tripoli, principale ville du nord du pays, aux frontières avec la Syrie. Plusieurs familles ont été contraintes de fuir leur domicile.

L'armée libanaise a été déployée dans les quartiers touchés par les tirs intermittents, Bab el-Tebbaneh (sunnite, opposant au régime syrien) et Jabal Mohsen (alaouite, partisan), sans toutefois ouvrir le feu.

Les heurts entre les camps pro et anti-Assad ont déjà fait une dizaine de morts à la mi-mai au Liban, qui a connu 30 ans de domination syrienne. Des soldats syriens étaient d'ailleurs stationnés à Tripoli jusqu'en 2005.

Les autorités évitent de prendre position face au conflit syrien afin de ne pas attiser les tensions.

Un calendrier pour le plan de paix en Syrie

Les pays de la Ligue arabe ont exhorté le Conseil de sécurité de l'ONU, samedi, à fixer un calendrier pour l'application du plan de paix de l'émissaire spécial de l'ONU et de la Ligue arabe, Kofi Annan. Ils souhaitent notamment recourir au Chapitre VII de la Charte des Nations unies pour imposer à Damas des sanctions et la rupture des relations diplomatiques.

Les ministres des Affaires étrangères des membres de la Ligue ont demandé par voix de communiqué « la suspension partielle ou totale des relations économiques, des liaisons ferroviaires, maritimes, aériennes, postales, télégraphiques et de télécommunications et la rupture des relations diplomatiques » entre la Syrie et les autres pays.

Le Chapitre VII de la charte prévoit aussi la possibilité d'un recours à la force en cas de menaces contre la paix. « Nous n'avons demandé aucune action militaire. C'est au Conseil de sécurité de décider des sanctions économiques ou d'aller au-delà », a toutefois nuancé le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Al-Arabi, au terme d'une réunion extraordinaire tenue samedi.

Il a noté que trois pays membres (Irak, Algérie et Liban) avaient émis des réserves sur la référence au recours à la force dans le communiqué.

De gauche à droite : le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Al-Arabie, le premier ministre du Qatar, cheikh Hamad Ben Jassam Al-Thani, et l'émissaire spécial de l'ONU et de la Ligue arabe, Kofi Annan, réunis lors d'une séance extraordinaire sur la Syrie, le 2 juin 2012. De gauche à droite : le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Al-Arabi, le premier ministre du Qatar, cheikh Hamad Ben Jassam Al-Thani, et l'émissaire spécial de l'ONU et de la Ligue arabe, Kofi Annan, réunis lors d'une séance extraordinaire sur la Syrie, le 2 juin 2012.  Photo :  AFP/KARIM JAAFAR

M. Al-Arabi a par ailleurs proposé de modifier le mandat des 300 observateurs chargés de surveiller l'application du cessez-le-feu en Syrie, violé depuis son entrée en vigueur, le 12 avril dernier. « Une modification du mandat des observateurs ou la transformation [de ce corps] en une force de la paix sont des alternatives », a-t-il ajouté.

Le premier ministre qatari, cheikh Hamad Ben Jassam Al-Thani, avait demandé plus tôt au Conseil de sécurité de placer les six points du plan Annan sous le chapitre VII de la charte « pour que la communauté internationale assume ses responsabilités » vis-à-vis du conflit syrien.

« Il est inadmissible que les massacres et l'effusion de sang continuent alors que la mission se poursuit indéfiniment », a-t-il déclaré.

Le chef démissionnaire du Conseil national syrien (CNS), Burhan Ghalioun, présent à la réunion de la Ligue arabe, a souligné que « le peuple syrien est plus que jamais déterminé à obtenir la chute du régime, [devenu] un danger pour la sécurité et la stabilité du Proche-Orient ».

Il a dit espérer « la mise en place d'une force arabe de dissuasion » et annoncé « un congrès avant la fin du mois » de l'opposition syrienne, affaiblie par les divisions dans ses rangs.

Les violences ont fait 39 morts, dont 22 soldats, en Syrie samedi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme. L'organisation basée à Londres estime que près de 13 000 personnes ont été tuées en Syrie depuis le début de la révolte, en mars 2011.