Le monde arabe en mutation

Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU condamne à nouveau la Syrie

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse et Associated Press
Les précisions de Luc Lapierre

Le Conseil des droits de l'homme des Nations unies a condamné la Syrie pour le massacre de Houla, qui a fait plus de cent morts en Syrie la semaine dernière. Il s'agit de sa seconde condamnation depuis le début du conflit, en mars 2011.

Pas moins de 41 des 47 pays membres ont voté en faveur d'une enquête sur le massacre pour en identifier les auteurs et recueillir des éléments en vue d'éventuelles poursuites pénales. La Russie, la Chine et Cuba ont notamment voté contre la résolution.

« Ces actes peuvent être le signe d'un modèle d'attaques systématiques ou généralisées contre les populations civiles qui ont été perpétrées en toute impunité », a déclaré la haute-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navi Pillay, les qualifiant de « crimes contre l'humanité et autres crimes internationaux ».

La haute-commissaire avait déjà évoqué des crimes contre l'humanité en février dernier, peu après que 300 personnes sont mortes dans la ville de Homs.

Mme Pillay a appelé la communauté internationale à soutenir le plan de paix de l'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe dans le pays, Kofi Annan. « Car sinon, la situation en Syrie risque de dégénérer en un conflit total et l'avenir de ce pays et de la région dans son ensemble pourraient être alors en grave danger », a-t-elle prévenu.

Entre-temps à Berlin, la chancelière allemande Angela Merkel et le président russe Vladimir Poutine ont convenu de la nécessité de faire leur possible pour éviter une guerre civile en Syrie. M. Poutine a par ailleurs catégoriquement démenti toute livraison par son pays d'armes « qui pourraient être utilisées dans une guerre civile » à la Syrie.

« La tragédie de Houla a montré à quoi mènent l'aide financière et les livraisons en contrebande d'armes modernes aux rebelles, l'enrôlement de mercenaires et les avances à toute sorte d'extrémistes », a souligné le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué, déplorant que « certains acteurs clé sur la scène internationale ne soient pas prêts à agir dans la logique d'un règlement pacifique ».

Appels à la manifestation

Les opposants au régime du président syrien Bachar Al-Assad ont appelé les Syriens à manifester leur colère après la prière hebdomadaire, vendredi, une semaine après le massacre de Houla.

Plus de 250 000 Syriens ont répondu à l'appel et envahi les rues de plusieurs villes du pays. Les forces gouvernementales, qui ont ouvert le feu pour disperser les manifestants, ont tué deux d'entre eux, a indiqué une ONG syrienne.

La télévision d'État avait de son côté invité la population à réciter la prière des morts « dans toutes les mosquées de Syrie » en mémoire des victimes de Houla, dont l'opposition et le régime se rejettent la responsabilité.

Alors que le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Al-Arabi, exclut une intervention militaire, des responsables de l'Armée syrienne libre (ASL), force d'opposition armée composée majoritairement de déserteurs, ont sommé le régime de Bachar Al-Assad d'appliquer le plan de paix de Kofi Annan.

« Si le régime syrien ne respecte pas le délai de vendredi midi (9 h GMT), le commandement de l'Armée syrienne libre annonce qu'il ne sera plus tenu par aucun engagement lié au plan Annan [...] et notre devoir sera [...] de défendre les civils », a indiqué le commandement de l'ASL dans un communiqué.

Le Conseil militaire supérieur de l'ASL, basé en Turquie, ne soutient pas cet ultimatum, signe selon certains observateurs de clivages au sein de l'opposition armée.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), basé à Londres, plus de 13 400 personnes sont mortes dans les violences en Syrie depuis le début de la révolte contre le régime du président Al-Assad, en mars 2011 : 3205 membres des forces du régime, 770 déserteurs et 9435 civils « y compris les civils ayant pris les armes contre le régime ».

Depuis le cessez-le-feu négocié par l'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe dans le pays, Kofi Annan, le 12 avril, plus de 2200 personnes ont été tuées, en majorité des civils.

223 personnes détenues dans des prisons syriennes ont été libérées jeudi à Damas et à Deraa « en présence d'observateurs » de l'ONU, alors que des dizaines de milliers d'autres seraient encore derrière les barreaux, d'après l'OSDH.

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