Le monde arabe en mutation

Les violences font plus de 90 morts en Syrie

  |  Radio-Canada avec Reuters et Agence France-Presse
Le récit de Luc Lapierre

Les observateurs de l'ONU sont arrivés samedi dans la région de Houla, au centre de la Syrie, où plus de 90 civils ont été tués la veille dans des bombardements de l'armée, selon l'opposition.

Le chef des observateurs, le général Robert Mood, a condamné « la tragédie brutale » qui s'y est produite, affirmant que les observateurs présents sur place en matinée avaient compté plus de 92 morts, dont 32 enfants de moins de 10 ans.

Le général Mood n'a pas désigné de responsables mais souligné que « les observateurs ont confirmé [...] l'usage d'artillerie tirée depuis des chars ».

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une organisation basée à Londres, a évoqué un véritable massacre, ajoutant que de nombreux habitants fuient la région par crainte de nouveaux bombardements.

Rami Abdel Rahmane, chef de l'OSDH, s'est par ailleurs interrogé sur le rôle des quelque 250 observateurs non armés, déployés depuis avril en Syrie pour surveiller le cessez-le-feu négocié il y a un mois et demi. Le massacre de Houla est le plus meurtrier depuis l'adoption de cette trêve.

L'Armée syrienne libre (ASL), formée majoritairement de déserteurs combattant les forces gouvernementales, a pour sa part appelé à une intervention militaire.

« Nous appelons de façon urgente les pays amis de la Syrie à former une alliance militaire, hors du Conseil de sécurité de l'ONU, pour mener des raids aériens ciblés contre les gangs [du président Bachar] Al-Assad et les symboles de son régime », a déclaré samedi par voie de communiqué le général Moustapha Al-Cheikh, chef du Conseil militaire de l'ASL basé en Turquie.

L'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe en Syrie, Kofi Annan, devrait se rendre en Syrie en début de semaine prochaine, selon des diplomates, pour rendre compte de la situation.

La télévision d'État a diffusé des images semblables à celles du massacre de Houla rendues publiques par les opposants, qualifiant toutefois les cadavres ensanglantés de victimes de bandes « terroristes ».

« Ces groupes ont également incendié l'hôpital public du village ainsi qu'un siège des forces de l'ordre et les récoltes agricoles des paysans », a déclaré l'agence officielle Sana.

Les « massacres » condamnés

La France a condamné les « atrocités infligées quotidiennement à son propre peuple par Bachar Al-Assad et son régime ».

« Le régime de Damas vient de commettre de nouveaux massacres. [...] Je prends immédiatement des contacts pour réunir à Paris le Groupe des pays amis du peuple syrien », a annoncé le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, sans évoquer l'appel à une intervention militaire de l'ASL.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, s'est quant à lui dit « horrifié et bouleversé ».

Son homologue britannique, William Hague, a prôné « une réponse internationale forte », souhaitant réunir d'urgence « dans les prochains jours » le Conseil de sécurité de l'ONU.

Le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition qui a avancé un bilan de plus de 110 morts, dont une moitié d'enfants, avait demandé plus tôt au Conseil de sécurité des Nations unies de convoquer une réunion d'urgence sur la question de Houla.

Les violences se sont poursuivies samedi dans le pays faisant plus de dix morts, dont quatre civils, selon l'OSDH. L'organisme rapporte par ailleurs des bombardements à la mitrailleuse lourde sur la ville rebelle de Homs et de nombreuses manifestations dénonçant le massacre de Houla.

Les « plus importantes manifestations » contre le régime depuis le début de la révolte, en mars 2011, ont eu lieu vendredi à Alep, ajoute l'OSDH. Des blindés auraient par ailleurs pénétré dans la ville pour la première fois.

L'OSDH fait le bilan de plus de 12 600 morts en Syrie depuis le début de la révolte, en majorité des civils tués par les forces gouvernementales.

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