Ioulia Timochenko lors de la lecture du verdict
Photo : AFP/SERGEI SUPINSKY
L'ancienne première ministre d'Ukraine, Ioulia Timochenko, a entamé une grève de la faim pour dénoncer les mauvais traitements dont elle aurait été victime en prison et pour attirer l'attention de la communauté internationale sur la situation politique dans son pays.
Mme Timochenko est incarcérée depuis août dernier, purgeant une peine de sept ans de prison pour abus de pouvoir. Selon son avocat, Me Serhi Vlassenko, des responsables de la prison l'ont frappée pour l'emmener de force à l'hôpital, vendredi dernier.
« Ils se sont approchés de mon lit, m'ont tordu les bras et recouverte d'un drap. Puis, ils ont commencé à me tirer de force hors du lit enroulée dans le drap. J'avais mal, j'étais désespérée et j'ai commencé à me défendre comme j'ai pu. J'ai alors reçu un puissant coup de poing dans l'abdomen », dit-elle dans un communiqué lu par son avocat, Serhiy Vlassenko. « J'ai cru que je vivais mes derniers instants », a-t-elle ajouté.
Son avocat a aussi déclaré aux journalistes avoir observé des preuves physiques de l'agression. « Ses bras sont couverts de contusions, son ventre porte des traces de coups qui n'ont toujours pas disparu, même après quatre jours », a dit Me Serhi Vlassenko.
La femme de 51 ans a été ramenée en prison dimanche après avoir refusé de se faire soigner pour de fortes douleurs au dos dans l'hôpital de Kharkiv, où elle avait été transférée. Ioulia Timochenko avait expliqué ne pas avoir confiance dans les médecins employés par l'État ukrainien.
Dans son communiqué, Mme Timochenko a précisé qu'elle refusait de s'alimenter depuis vendredi pour attirer « l'attention du monde démocratique sur ce qui se passe dans le centre de l'Europe, dans un pays appelé l'Ukraine ».
L'administration de la prison se défend d'avoir utilisé la violence
De son côté, l'administration de la prison dément avoir employé la force contre Ioulia Timochenko, selon ce que rapporte l'agence de presse Interfax.
Le procureur régional de Kharkiv a également démenti ces accusations, confirmant toutefois qu'Ioulia Timochenko avait été forcée à quitter sa cellule vendredi. « La loi [...] autorise le personnel de prison à recourir à la force physique : [les gardiens] l'ont soulevée, portée jusqu'à la voiture et emmenée à l'hôpital », a-t-il dit.
Des Ukrainiens manifestant pour la libération d'Ioulia Timochenko le 28 mars dernier, à Kiev.
Photo : AFP/SERGEI SUPINSKY
La communauté internationale préoccupée
Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a exprimé sa « profonde préoccupation » à l'annonce de la grève de la faim de Mme Timochenko et exhorté les autorités ukrainiennes à lui fournir les soins nécessaires.
Quant à la Russie, elle a appelé Kiev à faire preuve « d'humanité » avec Ioulia Timochenko. « Nous espérons bien que les autorités ukrainiennes vont prendre toutes les mesures indispensables garantissant les droits de I. Timochenko, faire preuve d'humanité et trouver une voie adéquate qui ne va pas compliquer la situation politique intérieure », a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères.
La Commission européenne a de son côté réclamé aux autorités ukrainiennes de fournir « d'urgence des explications » sur la situation de l'ex-première ministre. « Nous demandons des explications de toute urgence aux autorités ukrainiennes sur la situation de Mme Ioulia Timochenko et insistons sur le fait que des personnes compétentes indépendantes et ses avocats puissent avoir immédiatement accès à elle pendant une durée suffisante », a indiqué le porte-parole du commissaire chargé de l'élargissement, Stefan Füle, dans un communiqué.
Le porte-parole a souligné que Bruxelles ne ferait pas d'autres commentaires « jusqu'à ce que des informations objectives et fiables soient disponibles ».