L'opposition ne désarme pas à Moscou et à Saint-Pétersbourg

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
Des partisans du Parti communiste ont manifesté lundi à Moscou. Des partisans du Parti communiste ont manifesté lundi à Moscou.  Photo :  PC/AP/Mikhail Metzel

Le calme est revenu mardi, à Moscou, au lendemain de manifestations organisées par des mouvements d'opposition contestant la victoire de Vladimir Poutine à la présidentielle. Les contestataires ne baissent cependant pas les bras et comptent redescendre dans la rue pour faire connaître leur mécontentement.

« Nous avons décidé d'une nouvelle action le 10 mars », a déclaré à l'agence Ria Novosti le journaliste Sergueï Parkhomenko, l'un des organisateurs du mouvement de contestation lancé après les législatives de décembre dernier.

Selon lui, les leaders de la contestation comptent organiser une marche à Moscou, mais le lieu de la manifestation reste à négocier avec la mairie. Toute manifestation non autorisée est immédiatement dispersée en Russie.

À Saint-Pétersbourg, deuxième ville du pays, le mouvement d'opposition L'Autre Russie a appelé à manifester dès mardi et mercredi. Le Parti communiste, le parti démocrate Iabloko et le mouvement d'opposition Solidarnost ont cependant appelé à manifester le 10 mars.

Lundi, environ 20 000 personnes, selon certaines sources, se sont rassemblées sur la place Pouchkine, au centre de Moscou, pour protester contre l'élection de Vladimir Poutine. De 1500 à 3000 personnes ont fait de même à Saint-Pétersbourg, la ville natale de celui qui est actuellement premier ministre.

Plus de 600 personnes ont été interpellées dans les deux villes. L'écrivain et fondateur du Parti national bolchevique Édouard Limonov, le dirigeant d'extrême gauche Sergueï Oudaltsov, Ilya Iachine du mouvement Solidarnost et le blogueur Alexeï Navalny ont tous été arrêtés dans la capitale.

Selon un porte-parole de la police de Mosocu, Gennady Bogachev, les 250 personnes arrêtées à Moscou ont depuis été relâchées. La plupart encourent des amendes de 2000 roubles (environ 65 $), mais certains, comme M. Iachine, devront répondre à des accusations de refus d'obtempérer qui pourraient leur valoir 15 jours de prison.

Le porte-parole de Vladimir Poutine, Dimitri Peskov, a justifié cette intervention de la police. « L'action de l'opposition s'est déroulée en deux parties, le [rassemblement] légal et l'illégal. Et dans les deux cas, la police a montré un haut degré de professionnalisme, de légitimité et d'efficacité », a-t-il affirmé. M. Peskov prévient que les autorités continueront à réprimer les rassemblements non autorisés.

À Moscou, une première vague d'arrestation a eu lieu dans le cadre d'une manifestation tenue place Lubyanka, près des bureaux des services secrets russes; une seconde vague a visé des manifestants de la place Pouchkine qui voulaient rester sur place au terme de la manifestation autorisée.

Selon le correspondant de Radio-Canada à Moscou, Jean-François Bélanger, la répression des manifestants laisse à penser que les autorités n'entendent pas s'en laisser imposer par cette opposition citoyenne.

« Depuis le 10 décembre dernier, l'attitude avait plutôt été de laisser faire », dit-il, en référence aux manifestations qui ont été organisées dans la foulée de législatives également considérées comme frauduleuses.

« Les manifestations étaient très encadrées, il y avait beaucoup de policiers, mais on n'intervenait pas. Là, une fois la présidentielle passée, on sent la volonté du gouvernement d'en finir avec ce mouvement citoyen d'opposition », avance-t-il.

« Le recours à la force et la détention de politiciens de l'opposition auraient pu être évités », a souligné sur son compte Twitter le milliardaire Mikhaïl Prokhorov, candidat arrivé troisième à la présidentielle et qui s'est rendu au rassemblement de l'opposition.

« Le rassemblement était pacifique. Je suis indigné par le recours à la force contre des gens qui sont venus exprimer leur opinion. Les évènements d'aujourd'hui à la place Pouchkine ont brisé la tradition récente des rassemblements de protestation pacifiques dans le pays », a-t-il ajouté.

Vladimir Poutine a été crédité de 63,9 % des votes, loin devant le communiste Guennadi Ziouganov, deuxième avec 17,18 % des appuis. Les trois autres candidats ont recueilli moins de 10 % des suffrages.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a conclu dans un rapport préliminaire publié lundi que la campagne présidentielle russe a été « clairement biaisée » en faveur du premier ministre Vladimir Poutine.

L'observatoire électoral indépendant russe Golos estime pour sa part, en se fondant sur les données compilées par ses observateurs postés dans des bureaux de vote, que le score de Vladimir Poutine est plus proche des 50 %.

L'assermentation de Vladimir Poutine aura lieu en mai.

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